On a le seum contre les mecs qui mettent du rouge : le viol (8 mars part. 6)

Attention : cet article contient des descriptions graphiques de viols.

On a le seum contre les mecs qui mettent du rouge pour la journée des droits des femmes alors qu’une femme sur dix sera violée au cours de sa vie.

Du rouge, nous, on évite d’en porter. Faudrait faire gaffe à pas attirer l’attention, que ce soit dans l’espace public et surtout, surtout, l’espace privé. Le rouge, ça fait salope. Déjà qu’on nous répète à longueur de journée que les victimes de viol l’ont bien cherché, qu’elles étaient alcoolisées ou qu’elles se mettaient en danger par leur tenue ou leur comportement, autant vous dire qu’on fait super gaffe, pour notre sécurité face à vous, de ne pas être trop voyantes. On doit se méfier des mecs dehors, c’est vrai. Mais surtout de ceux de nos cercles : nos amis, nos collègues, nos voisins et nos conjoints. De vous, en fait.

Quand on parle des violences sexuelles faites aux femmes, et des crimes de viol ou tentatives de viol notamment, la représentation collective – bien pratique – a tendance à imaginer une ruelle sombre, une jeune fille un peu pompette en jupe courte, rentrant seule le soir. Ce sens commun permet ainsi aux hommes dans leur ensemble de s’auto-affirmer non violeurs, voire même de pavoiser sur les réseaux sociaux avec des pseudos comme « potentiel violeur », (pour n’en citer qu’un) histoire de décrédibiliser ce combat féministe. Tant qu’on pense au violeur comme un inconnu pervers dans la rue, armé et doué d’une force physique surhumaine, cela permet aux autres hommes de ne pas s’y identifier. D’où les cris d’orfraie quand on explique que 90% des victimes de viol ont été agressées par une personne de leur entourage. Ça laisse un petit 10% aux inconnus dans la rue, qui existent réellement mais pas dans les proportions que le sens commun imagine.

Comment comprendre cette donnée ? 90% des victimes de viol ou tentative connaissent leur agresseur. En 2014, 223 000 femmes en couple ont déclaré avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Une femme en couple sur cent. Et il ne s’agit là que des faits reportés aux autorités, soit à peu près 14% du total des plaintes déposables. Parmi ces victimes, les ¾ déclarent subir des violences à la fois physiques et sexuelles, 15% des violences sexuelles uniquement, le reste des violences physiques exclusivement. Parmi ces 223 000 femmes victimes, 70% déclarent que ces violences se sont répétées dans le temps. Quatre femmes victimes sur dix ont peur que ces violences ne se reproduisent. Au vu des chiffres, on les comprend.

Parmi elles donc, chaque année, 84 000 femmes de 18 à 75 ans, déclarent aux autorités être victimes de violences sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint. Par ce terme, on entend tous les actes visant à faire subir des attouchements et/ou des rapports sexuels non désirés, utilisant la menace, la contrainte, la surprise ou la violence. Etant donné que seuls 10% des viols (conjugaux ou non) donnent lieu à un dépôt de plainte, on estime que 200 femmes sont violées en France par jour, soit une victime de viol toutes les 7 minutes. On ne peut pas dire que ça fasse la une du 20 heures pour autant.

Le couple hétérosexuel nous tue : les femmes représentent 81% des victimes d’homicides ou sein des couples, officiels ou non. 134 femmes ont été tuées par leur conjoint, dans le cadre de violences conjugales en 2014, contre 29 hommes. Une tous les 2.7 jours. En silence ou presque. Par extension et puisque les femmes ont généralement la charge des enfants, 1% des enfants vivant en famille en 2014 avait été témoin de violences conjugales. 35 enfants en sont morts l’année dernière, victimes collatérales d’un phénomène social qui semble tout juste bon à être ressorti pour le 8 mars.

Le Seum des meufs ne connait que trop bien les réactions des hommes à ce type de données : #NotAllMen, on n’est pas des violeurs, c’est pas parce que 96% des auteurs de viol sont des hommes que nous sommes tous des violeurs, blabla.

Tous les hommes ne sont pas des violeurs. En revanche, quasi-tous les violeurs sont des hommes. Que cela vous mette mal à l’aise ou non, que vous vous sentiez agressés par ce fait ou pas, c’est la réalité statistique. Leurs victimes sont des femmes, dans 91% des cas, et des mineur(e)s dans 57% des situations.

Est-ce que vous avez déjà violé une fille ?

Une copine avec qui vous avez flirté en soirée, qui vous a ramené chez elle et a fini la tête dans la bassine mais avec qui vous avez couché quand même ? Votre petite amie, qui ce soir-là, n’avait pas envie de faire l’amour avec vous, mais que, à force de reproches et de bouderies, de pressions, vous avez finalement persuadée d’avoir un rapport sexuel vite fait ? Une fille que vous avez « réveillée » gentiment (lol) ou que vous avez pelotée alors qu’elle dormait/comatait/cuvait ? Une fille que vous considériez comme vous devant du sexe, étant qu’elle vous avait embrassé/léché l’oreille/frotté ou parce que vous avez payé le resto ? Votre meuf tétanisée, que vous déshabillez quand même, parce que vous avez couché ensemble hier et que vous coucherez ensemble demain, et qu’il est donc unilatéralement admis qu’elle passera à la casserole ce soir ? Une partenaire à qui, pendant un rapport, vous avez infligé cette pratique, celle à laquelle elle n’avait pas pourtant dit oui ? Votre copine ensommeillée, que vous avez réveillée avec votre érection matinale, et empêchée de se rendormir jusqu’à ce qu’elle écarte les jambes, de guerre lasse ? Cette amie, manifestement ivre, dont vous avez profité entre deux vomis ? Votre compagne, que vous avez bassinée avec le « devoir conjugal » ou menacée d’aller « voir ailleurs » si elle n’accédait pas à vos demandes ? Cette pote à qui vous avez mis un doigt, puisqu’elle avait accepté de vous laisser une place dans son lit pour la nuit ? Cette femme que vous culpabilisez jusqu’aux larmes au lieu d’aller vous branler ? Celle dont vous vous plaignez, devant vos potes, de ne pas vous satisfaire autant que nécessaire ? Toutes ces fois où votre comportement était inacceptable, et où vous vous êtes convaincu que votre envie de sexe était incontrôlable, impossible à maitriser, un tigre, un torrent, un feu de forêt, ou autre métaphore de merde de la nature.

Si vous vous reconnaissez dans une de ces situations (liste non exhaustive), vous êtes un violeur. Vous n’êtes pas celui qui vient attaquer les meufs, main armée, dans une rue peu animée : vous êtes le conjoint ou l’ami (re-lol) qui force, qui insiste, qui boude, qui menace, qui prend par surprise ou par culpabilité, jusqu’à obtenir un rapport sexuel manifestement non consenti. Vous êtes un violeur si vous avez déjà obtenu du sexe par la menace, la contrainte, la surprise. Vous êtes un violeur.

Alors que 10% des femmes seront violées au cours de leur vie, vous mettez du rouge à lèvres et vous faites le buzz pour la journée internationale des droits des femmes. Vous nous violez, nous agressez, nous tuez mais vous faites les malins une fois par an, en niant votre responsabilité dans les violences que l’on subit chaque jour, parce que femmes.

Ha et bien sur, vous ne prenez pas nos plaintes. Ou dans tous les cas, vous nous demanderez, lors du dépôt de plainte, si on en portait, du rouge. Et comment on était habillées. Et si on avait bu. Et si.

On a le seum contre vous. Méfiez-vous.

Bibliographie :

Observatoire National des Violences faites aux Femmes, « la lettre de l’ONVEF : les principales données », 2015, en ligne, URL http://stop-violences-femmes.gouv.fr/IMG/pdf/Lettre_ONVF_8_-_Violences_faites_aux_femmes_principales_donnees_-_nov15.pdf

Pour aller plus loin, l’excellent site Résonantes : http://www.resonantes.fr/accueil.html

On a le seum contre les maltraitances gynécologiques. (8 mars part. 5)

Dans le seum des meufs, on est toutes cis pour l’instant. Notre mot d’ordre étant de ne pas « parler à la place de », on traitera donc ici spécifiquement de maltraitances médicales vécues par les femmes cis. N’hésitez pas à nous suggérer des modifications, ou des ressources et témoignages de maltraitances médicales vécues par des personnes trans (et surtout, à nous rejoindre !).

Toutes les femmes n’ont pas d’utérus, et tous les gens avec des utérus ne sont pas des femmes. Cependant, dans nos sociétés, le contrôle des utérus relève du contrôle du corps la femme, et non d’une « utérophobie » aveugle aux genres. Nous pensons que c’est un sujet politique, et féministe ; et qu’à ce titre, il concerne certes tous les gens ayant recours à un gynécologue, mais aussi toutes les femmes, qu’elles aient ou non un utérus, qu’elles soient ou non en mesure de porter des enfants.

En novembre 2014, des milliers de personnes témoignent sur Twitter des maltraitances gynécologiques qu’elles subissent avec le mot-clef #PayeTonUtérus. Dans le même temps un blog (gyn&co) est créé pour recenser tous les noms, adresses et coordonnées des praticiens compétents et humains qui exercent dans le respect des droits de leurs patientes.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Une quantité effarante de témoignages est toujours publiée régulièrement. Qu’ils concernent des remarques ou des questions humiliantes, objectivantes, déplacées, qui vont à l’encontre de notre légitimité à vivre la sexualité de notre choix, sans jugement, sans injonction, sans mépris.

On a le seum contre les praticien.nes abusif.ves.
Les gynécologues se permettent de confronter leurs patientes à leurs convictions et leurs choix à tout moment de la consultation, de l’IVG de l’accouchement. Ils n’ont aucun problème avec la prescription de la pilule, qui est en général accordée sans bilan sanguin préliminaire et donc sans prévention des risques. Si ce moyen de contraception convient à certaines femmes, ce n’est pas le cas de toutes, notamment pour celles qui ne supportent pas la prise d’hormones.

La plupart des jeunes femmes qui commencent leur vie sexuelle exigent le droit de pouvoir choisir pleinement leur contraception et de ne plus avoir à justifier leur choix au point que cela devienne un interrogatoire ou un réquisitoire sur leur mode de vie, sur leurs choix sexuels.

Combien de remarques humiliantes ont-elles subi concernant leur sexualité, leur mode de vie, leurs habitudes alimentaires ?
Combien de maltraitances, parfois infimes, parfois accablantes, et très souvent traumatisantes, ont-elles vécu sans broncher pendant une consultation, un IVG, un accouchement ?

Pendant combien de temps encore vont-elles supporter la misogynie, la grossophobie, l’homophobie, les paroles humiliantes ?
Jusqu’à quand encore vont-elles espérer se confier à une personne respectueuse de leurs droits, de leurs attentes, de leurs désirs ?

Combien de fois encore vont-elles être mal à l’aise, gênées ou honteuses à l’idée de poser une question qui concerne pourtant leur bien-être – leur vie, et pas celle de leur praticien.ne ?

On a le seum contre les gynécologues qui refusent la stérilisation aux femmes qui ne veulent pas d’enfants, au prétexte qu’elles seraient encore trop jeunes, trop célibataires, trop capricieuses, trop immatures, pas assez réfléchies, pas assez « femmes ».
On a le seum contre les gynécologues qui font du temps d’une consultation un moment difficile et dérangeant avec des injonctions à « être » en fonction de notre âge, de notre poids, de notre avancée supposée dans la vie sexuelle, de nos aspirations, de nos désirs, qu’on se retrouve de toute façon obligé de mettre à nue.

On a le seum contre l’injonction à une vie sexuelle stable pour la pose d’un stérilet.
On a le seum contre les saloperies qu’on ingère avec cette foutue pilule.
On a le seum contre les souffrances par lesquelles on passe pour accéder à la contraception de notre choix.
On a le seum contre les praticien.ne.s qui ne respectent ni notre corps ni notre rapport à ce corps.
On a le seum contre la violence des échographies endovaginales.
On a le seum contre l’injonction écœurante à vivre une vie sexuelle de femme épanouie via la pénétration, et c’est tout.
On a le seum contre l’épisiotomie que des femmes nouvellement mères subissent encore dans l’impunité la plus ahurissante.

On a du mal à trouver des praticien.nne.s qui nous conviennent, mais on sait que c’est possible.

On aimerait payer nos frais de consultation sans passer de longues minutes ou de longues heures à se sentir mal.
On aimerait pouvoir faire confiance simplement à la personne qui nous soigne et nous accompagne tout au long de notre vie.
On aimerait pouvoir commencer ou changer de contraception, sans jugement, sans défiance, sans débourser des centaines d’euros.
On aimerait pouvoir faire le choix de ne pas avoir d’enfants sans avoir à faire le parcours du combattant.

On aimerait juste pouvoir choisir.

Le Seum des meufs

Le Seum est le venin qui s’infiltre dans notre quotidien.

Du caractère genré de nos jeux et de nos éducations, de notre obligation à nous cantonner à l’intérieur de nos foyers, à être douces et aimantes jusqu’à l’abnégation, nous sommes les femmes, opprimées, agressées, silenciées, essentialisées. Ce Seum nait à la première remarque sur nos comportements, aux premières insultes sexistes « pour rire », aux premières agressions et micro-agressions qui nous assignent à ce rôle genré et nous refusent ainsi l’accès à notre émancipation.

Nous sommes celles dont on critique la tenue, jamais assez couvrante ou trop provocante, celles dont on estime que le comportement mérite légitimement punition et violences, celles que l’on agresse dans la rue, à la fac ou à la machine à café, celle que l’on viole impunément et dont on refuse d’enregistrer la plainte, celles que l’on rabaisse constamment, celles que l’on harcèle, celles que l’on violente, celles dont on instrumentalise la domination à des fins racistes aussi, celles que l’on présente libérées dans une société auto-déclarée égalitaire et dont on moque les luttes féministes, dans la douce chaleur de l’entre-soi. Nous sommes trop noires, trop frisées, trop grosses, trop agressives, trop vulgaires, trop féministes en somme.
Nous sommes celles qui vous élevons, qui vous nourrissons, qui éduquons vos enfants ou plutôt celles qui les préparent à ce monde sans justice et sans paix.

Nous sommes le Seum des meufs, nous ne vous devons rien et vous ne parlerez plus à notre place.

Si tu veux t’asseoir sur le trône faudra t’asseoir sur nos genoux.