Discriminations : le cynisme du gouvernement

Ce matin a été lancée la nouvelle campagne du gouvernement contre les discriminations à l’embauche. En plus de déployer des moyens considérables pour expliquer ce que certains s’époumonnent à dire depuis des décennies, le gouvernement oublie juste sa large part de responsabilité.

Évidemment, au Seum, on lutte avec nos petits bras contre les discriminations, quels que soient les critères sur lesquels elles se basent : race, genre, origine sociale, orientation sexuelle, religion, handicap etc. Si on est tou.t.e.s convaincus de l’importance de ce combat, on se marre un peu quand on voit le gouvernement lancer un énième testing pour vérifier l’existence des discriminations et diffuser une campagne enjoignant les patrons à ne plus discriminer.

Quand un inconnu vous traite de sale gauchiste ou de sale blanc, vous n’êtes pas juridiquement discriminés

Les discriminations ce sont les traitement inégaux ou défavorables, subis par certaines personnes en comparaison avec les autres. Pour être juridiquement reconnues comme telles, elles doivent se baser sur un des 20 critères retenus par la loi. Elles doivent aussi s’exercer dans des domaines reconnus par cette même loi, à savoir l’emploi, le logement, l’éducation, l’accès aux biens et aux services.

CRITERES

Du coup, non, quand un inconnu vous traite de sale gauchiste ou de sale blanc, vous n’êtes pas juridiquement discriminés, bien que la loi retienne ces mêmes critères pour d’autres domaines de la vie sociale. Vous êtes seulement insultés.  On ne parle de discrimination que dans l’accès à des positions sociales, des biens, des éléments centraux de la vie d’une personne, comme le logement ou l’emploi.

Pour en revenir à la mesure des discriminations, c’est vrai que celle-ci est compliquée. Les enquêtes se basent sur l’auto-déclaration des personnes (leur sentiment d’être discriminées), les testings (envoyer 50 CV identiques en tous points sauf certains, afin de mesurer l’influence des variables retenues, comme l’appartenance supposée à la religion musulmane) mais aussi des enquêtes statistiques nationales visant à mesurer le taux de chômage des descendants d’immigrés par rapport à celui de la population majoritaire. Pourtant, ces difficultés de mesure peuvent être surmontées, en croisant les sources et les données objectives (taux de chômage) et subjectives (le ressenti de la discrimination). Pour quels résultats ?

Les personnes immigrées (= qui ont fait le voyage) ou fils/filles d’immigrés (né.e.s en France d’au moins un parent immigré) sont les plus discriminées : 40% en ont été victimes, alors même qu’elles ne représentent que 22% de la population. En gros, une personne sur cinq est immigrée ou descendante de, alors que presque un discriminé sur deux fait partie de ce groupe.

On peut également être racisé par son appartenance réelle ou supposée à une religion

En effet, l’origine (réelle ou supposée) et la couleur de peau sont déclarées comme les principaux motifs de discriminations par les victimes, à hauteur de 37 et 20%. Si on compare avec ce que l’INED appelle la population majoritaire (ni immigré ni descendant de), l’écart est énorme : seuls 10% de ces derniers déclarent avoir subi des discriminations contre 26% des filles et fils d’immigrés et 24% des immigrés eux-mêmes. Plus du double. Ca en fait du monde qui déclare subir des discriminations par leur seule appartenance à la condition racisée (que ce soit par la couleur de peau ou l’origine). C’est beaucoup.

INED

La couleur de peau est un critère cité par 73% des natifs des DOM et 88% des descendants d’immigrés du Sahel. Ce critère est déterminant pour ces groupes, même si les immigrés en général y rajoutent l’accent et les filles et fils d’immigrés le lieu de résidence.

Enfin et c’est important, on peut également être discriminé par son appartenance réelle ou supposée à une religion. C’est surtout le cas des musulmans, qui déclarent 1,5 fois plus de discriminations de ce type que les athées et présentent 2,5 fois plus de risque d’être refusé à un entretien d’embauche qu’un chrétien, toutes choses égales par ailleurs. On l’a vu avec le testing Marie Diouf, française noire supposée chrétienne, VS Khadidja Diouf, française noire supposée musulmane, mené en 2010 et dont le protocole est le suivant :  

DIOUF

On peut entendre d’ici les râles des fafs qui estiment que les racisés seraient “plus sensibles”, voire même carrément “susceptibles” sur la question des discriminations. Cette hypothèse est contredite par plusieurs données : déjà, les descendants d’immigrés et les natifs des DOM (tous français, donc) déclarent davantage de discriminations que les immigrés eux-mêmes. Or on devrait s’attendre à l’inverse puisque les immigrés, en complément de la couleur de peau et de l’origine supposées, sont en plus discriminés en raison de leur accent et de leur nationalité, contrairement à leurs enfants. On sait aussi qu’avoir un seul parent immigré plutôt que deux protège des discriminations. Ce qui appuie aussi l’idée que les immigrés devraient être plus discriminés que leurs enfants. Mais ce n’est pas le cas. 

On peut aussi expliquer l’écart de déclaration entre les immigrés et leurs enfants par le fait que ces enfants, français, élevés et éduqués en France, ont une conscience plus aigue des discriminations ou en tous cas nourrissent un sentiment de révolte plus fort. Et pour cause, liberté,égalité, fraternité, accès aux droits égal entre tous les citoyens français blabla. Logique qu’ils identifient davantage les discriminations dont ils sont victimes, les déclarent et s’en indignent, vu la soupe républicaine qu’on leur vend toute l’année et étant donné qu’une (trop) petite partie d’entre eux atteint enfin des positions sociales enviables, au prix d’efforts couteux et de luttes quotidiennes.

D’ailleurs, plus on est diplomé, plus on est sensible aux discriminations. Non seulement parce qu’on les identifie davantage en tant que telles, mais aussi parce que plus on monte dans les positions sociales et moins les minorités sont nombreuses, du coup, on est plus exposés. 

Voilà en gros pour l’état de la recherche sur les discriminations en France. On a déjà suffisamment de données, à la fois qualitatives et quantitatives pour savoir que oui, les discriminations existent, surtout les raciales, surtout celles liées au genre, mais aussi à l’âge, l’état de santé, la grossesse, l’activité syndicale.

L’Etat est lui-même producteur – et pas qu’un peu – des discriminations à l’embauche et à la promotion professionnelle

Au delà du fait que le gouvernement se moque de nous en cherchant à prouver les discriminations dont on a déjà la preuve, il y a autre chose de très gênant dans la campagne lancée. L’Etat est lui-même producteur – et pas qu’un peu – des discriminations à l’embauche et à la promotion professionnelle.

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L’Etat offre 20% de l’emploi total. Un boulot sur cinq. Ça fait beaucoup, presque 6 millions d’emplois en tout. Pourtant, 94% des emplois publics sont interdits de fait aux étrangers, c’est à dire à ceux qui n’ont pas la nationalité française. Si cette discrimination peut éventuellement (et encore, faut forcer) se comprendre pour des raisons de sécurité nationale ou de prérogatives de la puissance publique (on pense ici à la police, l’armée, les impôts, les douanes), ces emplois sensibles ne représentent qu’à peine plus d’un emploi public sur dix. La défunte HALDE avait d’ailleurs précisé, en 2009, qu’en dehors de ces postes-la, l’exclusion des étrangers ne se justifiait en rien.

Certes, la fonction publique n’est pas le seul secteur qui interdit des emplois aux étrangers puisqu’au total c’est 30% de l’emploi total qui est réservé aux nationaux ou aux étrangers européens dits « communautaires ». Dans le secteur privé, 17 postes sont interdits aux étrangers (huissiers, notaires, directeurs de presse…) et 35 autres sont réservés aux étrangers européens (vétérinaires, buralistes, directeurs de salles de spectacles…).

Il reste tout de même que l’Etat, avec 20% de l’emploi total dont la quasi-totalité interdit aux étrangers fait un beau score en termes de discriminations. Du coup, il considère que réserver les concours d’accès à la fonction publique est une « discrimination tolérée ». 

Exceptions

Extrait du site “stop-discrimination.gouv”

En dépit de leurs “compétences”, donc, quasiment tous les emplois publics sont interdits aux étrangers, quand bien même les postes n’auraient rien avoir avec la sécurité de la nation. Bien sur, l’Etat n’est pas si regardant quant il s’agit d’embaucher des médecins étrangers salariés dans les hopitaux, des profs étrangers contractuels dans les facs etc. L’emploi public pour les étrangers non, l’emploi public précaire, là d’accord.

Voila pour les discriminations à l’accès à l’emploi public. Et à l’intérieur de la fonction publique, comment ça se passe niveau discriminations ? Pas bien. Parmi l’ensemble des plaintes enregistrées par le Défenseur des droits, près de 20% concernaient le secteur public. Quant aux motifs de ces plaintes, 17% concernaient l’origine et 33% l’état de santé et le handicap. Les discriminations liées au genre ne sont pas en reste, notamment dans l’accès aux postes à responsabilité, rémunérateurs, stables et valorisants.

genre

Cette campagne du gouvernement, que ce soit son volet “on va vérifier si les discriminations existent et les mesurer » ou celui de “bouh les patrons, vous êtes trop méchants”, nous semble donc bien cynique. Elle participe à la mise en scène de la lutte contre les oppressions menées prétendument par l’Etat en niant complètement les discriminations opérées par la fonction publique et permet, du même coup, de retarder la mise en oeuvre de véritables politiques de luttes en cherchant d’abord à vérifier, pour la millième fois, l’existence même des discriminations que des milliers d’individus et d’enquête ont déjà clamé haut et fort.

Du foutage de gueule.

BIBLIOGRAPHIE :

INED, “les discriminations : une question de minorités visibles ?”, Populations et sociétés, N°466, avril 2010, en ligne URL https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19134/466.fr.pdf

C.LEFEBVRE, “Les discriminations dans la fonction publique”,Emploi-public.fr, 4 juin 2013, en ligne URL http://infos.emploipublic.fr/dossiers/connaitre-la-fonction-publique/la-diversite-dans-la-fonction-publique/les-discriminations-dans-la-fonction-publique/apm-1427/

CSA pour l’OIT et le Défenseur des droits, “Baromètre de la perception des discriminations au travail, regards croisés salariés du privés et agents de la fonction publique”, janvier 2012, en ligne URL http://www.ilo.org/public/french/region/eurpro/paris/actualites/download/discrimin2012fp.pdf

A.SPIRE et A. MATH, “Des millions d’emplois interdits, cartographie de la discrimination légale”, Les Mots Sont Importants, 8 aout 2015, en ligne URL http://lmsi.net/Des-millions-d-emplois-interdits

 Stop discriminations, “définitions et formes de discriminations”, 2016, en ligne URL http://stop-discrimination.gouv.fr/informations/definitions-et-formes-de-discriminations

ADIDA, LAITIN, VALFORT, “les Français musulmans sont-ils discriminés dans leur propre pays ? Une étude expérimentale sur le marché du travail”, French American Foundation et Sciences Po Paris, 2009, URL en ligne https://frenchamerican.org/sites/default/files/documents/media_reports/laitin_discriminationmusulmans_report_fr.pdf

Pierre Bergé, merci de nous foutre la paix

On a le Seum contre Pierre Bergé qui veut libérer les femmes. 

TW : TCA, anorexie, illustrations (photos de mode) 

Dans une interview donnée sur Europe 1, Pierre Bergé, chef d’entreprise et actuel président de la Fondation pierre Bergé – Yves Saint Laurent, s’est dit « scandalisé » par la récente ouverture d’une collection de vêtements destinée aux femmes voilées, et commercialisée par de grands groupes de l’industrie du prêt à porter de luxe (Dolce & Gabbana).

« Je suis scandalisé, moi qui ai été pendant 40 ans aux côtés d’Yves Saint-Laurent, j’ai toujours cru qu’un créateur de mode était là pour embellir les femmes, pour leur donner la liberté »

Merci Pierre, mais les femmes n’ont pas besoin qu’un homme leur « donne » leur liberté : on la prendra nous-mêmes. Admirons au passage l’étonnante rhétorique infantilisante de M. Bergé, plutôt paradoxale pour quelqu’un qui prétend défendre l’indépendance et l’autonomie des femmes. Quant à cette touchante volonté de nous « embellir » (serions-nous laides de nature ?), on la lui laissera aussi, attendu que le moindre des produits commercialisés par YSL est à peu près inabordable pour l’écrasante majorité des femmes de ce pays – mais on avait bien compris que la « liberté » ne concernait que les femmes riches. 

Poursuivant son invective, Pierre Bergé dit refuser d’« être le complice de cette dictature imposée qui fait que l’on cache les femmes ». Passons sur le cliché mille fois ressassé de la femme voilée qui se « cache », pur sujet passif, victime d’injonctions – idée reçue en grande partie contredite par la parole des femmes musulmanes et voilées elles-mêmes, on te conseille de lire de livre de Faïza Zerouala, Des voix derrière le voile, Pierre.

En effet, en Europe, en France, de nombreuses femmes ont honte de leur corps, à tel point que devoir le montrer est pour elle une souffrance. Elles subissent ici les conséquences d’une norme esthétique ayant consacré la femme blanche, cisgenre, mince, valide et grande comme critère de beauté de référence, modèle vers lequel il leur est implicitement demandé de tendre pour être socialement acceptée en tant que femme. Les récentes campagnes de publicité du groupe Yves Saint Laurent en disent long sur le type physique promu par la marque :

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Il y a tout juste trois semaines, M. Bergé inaugurait et assistait à un défilé Yves Saint Laurent à l’hôtel de Sénecterre, dans le VIe arrondissement de Paris. L’esprit de la collection, conçue par Hedi Slimane, se voulait résolument « rock » ; à la découverte des photographies, on est cependant moins frappé par l’audace des tenues que par l’extrême maigreur et pâleur des mannequins. Pierre Bergé, lui, n’a pas cru bon de s’en inquiéter sur Europe 1, sans doute trop occupé à vouloir libérer les pauvres femmes musulmanes opprimées – question de priorité, quoi.

Etonnant qu’un chef d’entreprise si inquiet du sort des femmes n’ait apparemment aucun scrupule à faire travailler des jeunes femmes dans un état de santé désastreux, participant à la glamourisation dangereuse de l’anorexie dont on connaît les conséquences pour des millions de jeunes femmes à travers le monde. Cette maladie psychiatrique, qui reste la plus mortelle en France, touche des femmes à 94-97%, selon les statistiques ; environ 10% des malades en décèdent, dont de nombreux mannequins mourant d’épuisement au sein des grands groupes qui les exploitent.

La maison Saint Laurent n’en est pas à son premier scandale en la matière. L’année passée, en 2015, une publicité pour la marque, diffusée dans le magazine Elle UK, fut retirée et interdite, car jugée « irresponsable » par les instances compétentes. 

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On y voit une jeune femme à la maigreur extrême, allongée sur le sol dans un état manifeste d’épuisement. Dans un communiqué, le groupe Saint Laurent s’est contenté d’indiquer « être en désaccord avec la vision des plaignants sur le fait que le mannequin était maladivement maigre ». Ben oui, on interprète tout mal.

La marque Yves Saint Laurent, filiale du groupe Loréal, est également connue pour ses crèmes éclaircissantes, consacrant le teint blanc comme couleur universelle de la beauté. Ce type de produit continue aujourd’hui encore à alimenter les complexes de nombreuses femmes non-blanches à travers le monde, qui sacrifient parfois leur santé en utilisant de dangereux produits pour blanchir et éclaircir leurs peaux.

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(Explore ta blancheur !!)

C’est donc le même Pierre Bergé qui, un an après et toujours sur Europe 1, vient donc nous expliquer, en parlant des femmes, qu’ « il faut leur apprendre à se dévêtir et à se libérer » (oui parce qu’on est un peu cons donc il faut vraiment tout nous apprendre, si vous avez suivi).

Merci donc Pierre Bergé de nous « libérer » chaque jour en exploitant des femmes malades jusqu’à l’épuisement, en participant à rendre l’anorexie glamour, en vendant des produits dangereux pour notre santé à travers le monde ❤

« Les convictions doivent passer avant l’argent », assène-t-il pour finir. On constatera pour notre part que Pierre Bergé ne mourra pas étouffé par ses contradictions. Les boutiques YSL se multiplient au Qatar, aux Emirats Arabes Unis ou en Arabie Saoudite ; il y a deux ans, le groupe se félicitait de son expansion au Moyen-Orient, les femmes musulmanes ne posant manifestement plus problème lorsqu’il s’agit de faire grossir le portefeuille de M. Bergé (voir :http://www.fashionunited.fr/fashion-news/fashion/saint-laurent-cr%C3%A9e-une-joint-venture-avec-al-tayer-insignia-2013032912976) On appréciera par ailleurs la hauteur de ses « convictions » féministes et de son « refus d’être complice » de l’oppression des femmes, qu’il n’hésite pas à monnayer au prix de notre santé morale et physique.

On a le seum contre les hommes qui portent du rouge à lèvres pour la journée de la femme (sic) : PART 2. La pauvreté

Parce que nous, on n’a pas de quoi en acheter.

Statistiquement, on est juste un peu plus pauvres (14% des femmes sont pauvres) que les hommes (13%) en métropole.

Outremer, c’est pire encore, puisque le taux de pauvreté s’établit à 33% de la population locale contre 14% dans l’hexagone. Finalement, 4,7 millions de femmes vivent sous le seuil de pauvreté et 3,9 millions d’hommes. Deux points d’écart, ça fait quand même 500 000 femmes de plus qui vivent avec moins de 964€, TTC, une fois les aides sociales perçues et les impôts éventuels réglés.

Est-ce que ça aurait un lien avec la précarité salariale des femmes ? Même si on exclut les allocations de survie dites universelles (lol) type RSA ou Allocation adulte Handicapé et qu’on regarde seulement les revenus d’activité (issus du travail ou des cotisations maladie/chômage), 2,2 millions de femmes vivaient sous le seuil de pauvreté. En fait, en 2010, 70% des travailleurs pauvres étaient des femmes. Ce qu’elles percevaient comme revenus du travail ou comme fruits de leurs cotisations, s’élevait à moins de 964€ par mois. Même quand on échappe à la tendance, parce qu’on est privilégiées sur d’autres axes (comme le fait d’être blanche, d’être issue d’une famille favorisée, d’être manifestement hétérosexuelle, valide et cisgenre), on doit de toute façon travailler 59 jours de plus que les hommes si on veut être payées autant qu’eux, toutes choses égales par ailleurs.

Tant qu’à faire, nos emplois, quand on en a, sont de faible qualité. Si l’on sélectionne trois métiers parmi les moins qualifiés et les plus pénibles – tant au niveau santé que conditions d’exercice -, à savoir agent d’entretien, aide à domicile et assistante maternelle, on compte alors 95% de femmes.

Et puis, de toute façon, même quand on ne bosse pas et qu’on est, par exemple, allocataire du RSA, on est encore défavorisées. Là aussi on est surreprésentées : 60% des allocataires du RSA sont des femmes. Quand on sait que le RSA de base c’est 470€ pour une femme célibataire, soit même pas 1/3 du SMIC (pour une aide qui est censée représenter la moitié du salaire minimum), le rouge à lèvres, même si on en veut, c’est impossible.

On est pauvres, notamment parce qu’on dispose d’emplois moins stables, plus fréquemment à temps partiel, moins souvent bien rémunérés. On subit aussi davantage le chômage (du moins jusqu’en 2012), on est trois fois plus nombreuses que les hommes à vouloir travailler plus sans y parvenir. On en crève et ça a des conséquences sur nos trajectoires, jusqu’au bout.

Parce que c’est vrai, on vit plus longtemps, mais dans quelles conditions ? Passés 75 ans, il y a deux fois plus de femmes pauvres que d’hommes. Et parmi les allocataires du minimum vieillesse, là encore on est majoritaires (57%). Nos faibles cotisations retraite (salaire et taux d’activité moins élevés obliges) et notre espérance de vie plus longue nous offrent donc l’opportunité de percevoir le minimum vieillesse (900€ par mois si l’on est seule) et de rester paisiblement pauvre jusqu’à notre mort.

Du coup, du rouge à lèvres, nous, même si on en voulait, on n’a pas de quoi en acheter. Et puis il n’y a pas qu’en France que les femmes sont plus pauvres, c’est un phénomène mondial. C’est à se demander s’il n’y aurait pas un système, appelons-le patriarcal, tiens, qui les maintiendrait dans la pauvreté.

Bibliographie :

INSEE, Taux de pauvreté par âge et par sexe, 2013, en ligne URL http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF04416

Centre d’observation de la société, « En matière de pauvreté, l’INSEE considère que les DOM ne font pas partie de la France », septembre 2015, en ligne, URL http://www.observationsociete.fr/en-mati%C3%A8re-de-pauvret%C3%A9-l%E2%80%99insee-consid%C3%A8re-que-les-dom-ne-font-pas-partie-de-la-france#footnote3_9bqeis5

CESE, Enquête « Femmes et précarité », 2013, en ligne, URL http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Etudes/2013/2013_09_femmes_precarite.pdf

INSEE, taux de chômage par sexe, 2016, en ligne, URL http://www.insee.fr/fr/themes/series-longues.asp?indicateur=taux-chomage-sexe

L’Express, « les femmes ne sont pas égales aux hommes, la preuve en dix chiffres », 2013, en ligne, URL http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-femmes-ne-sont-pas-egales-aux-hommes-la-preuve-en-10-chiffres_1447049.html

On a le seum contre la loi de 2004.

On a le Seum contre la loi de 2004. En tant que racisé.es, en tant que prof(s), en tant qu’étudiant.es, en tant que parents, en tant que féministes.

Dans un établissement professionnel de la banlieue parisienne, une jeune fille se fait rappeler à l’ordre par la CPE qui l’accuse de crier dans les couloirs. Sofia, 17 ans, rétorque qu’elle n’y est pour rien. La chargée de la vie scolaire l’accuse alors de lui mentir « alors qu’elle porte le voile ».

Le problème ici, c’est que Sofia respecte la loi. Comme des milliers de filles de son âge, elle enlève chaque matin, à l’entrée de l’établissement ce bout de tissu qui met en danger la République et assiste aux cours, respectant ainsi l’injonction contradictoire d’exprimer ses convictions religieuses dans le seul espace privé.

Le problème ici, c’est que nombreux sont les membres des équipes éducatives, soutenus par l’opinion publique, les grands médias, la parole politique et l’arsenal législatif islamophobe, qui expriment sereinement leur haine à l’égard d’une religion accusée de tous les maux et notamment d’avoir l’ambition de délaïciser l’école.

Le problème ici, c’est que c’est l’école qui ramène la religion en son sein. C’est l’école qui, après avoir stigmatisé, exclus et désigné à la vindicte populaire les jeunes filles pratiquantes, les accusent désormais de ne pas être suffisamment croyantes.

Les membre des équipes enseignantes sont-ils théologiens ? Sont-elles légitimes à exiger des comptes aux élèves sur leur pratique religieuse après avoir si vertement combattu les signes qui la manifestaient ? Comment accuser ces adolescentes d’exprimer leurs croyances et tout tenter pour les empêcher de le faire et dans le même mouvement se permettre de juger leur degré de pratique religieuse ? Comment avoir l’audace de sermonner une élève sur ce point en particulier et passer le reste de l’année à se plaindre de la soi-disant inquiétante religiosité des élèves ?

En vérité, Sofia et ses amies, qui se dévoilent pourtant chaque matin, seront toujours trop musulmanes pour l’institution scolaire. Qu’elles abandonnent – symboliquement mais pas seulement- leur liberté d’expression religieuse aux portes du lycée ne suffit pas. Les membres des équipes éducatives, conformément aux valeurs portées par l’institution à laquelle ils appartiennent, trouvent toujours un moyen de reprocher leur religiosité aux lycéennes musulmanes. Vous retirez votre voile ? La loi vous y oblige, c’est normal. Vous mentez ? Vous n’êtes pas une bonne musulmane. Dans tous les cas, on ne veut pas de vous, parce que musulmanes, réelles ou supposées. Vos efforts n’y pourront rien, vous serez toujours prises à parti, insultées, agressées, dévalorisées. Par les membres de cette même institution qui veut vous libérer de force.

Que ces jeunes filles acceptent – douloureusement – l’injustice qui leur est faite par la loi, n’est pas encore assez. Cette forme de privation de liberté d’expression n’est pas une punition assez sévère. A quand des cérémonies du dévoilement au lycée, comme en 58 à Alger ? A quand la création d’un statut d’élève musulman, sorte de sous-citoyen, dont l’on doit toujours se méfier ? A quand l’obligation pour les lycéennes de jurer, une main sur le cœur, l’autre sur un exemplaire de Charlie Hebdo ?

L’islamophobie est un racisme. Elle ne s’arrête pas à la porte des écoles. Elle est au contraire pleinement portée par l’école, qui la diffuse et la produit. L’école ne se bat contre l’islam, qui ne lui a d’ailleurs rien demandé. Elle fait la guerre, concrètement et avec violence, contre des jeunes filles, des ados. L’islam n’est pas qu’une idée, l’islam n’est pas dans les limbes : il est incarné chaque jour par ces jeunes dont c’est le système de valeurs.

On a le Seum contre la loi de 2004. Et depuis nos salles des profs, depuis nos classes, qu’on y soit étudiant ou enseignant, on se bat contre elle et on continuera à le faire.

Le Seum des meufs

Le Seum est le venin qui s’infiltre dans notre quotidien.

Du caractère genré de nos jeux et de nos éducations, de notre obligation à nous cantonner à l’intérieur de nos foyers, à être douces et aimantes jusqu’à l’abnégation, nous sommes les femmes, opprimées, agressées, silenciées, essentialisées. Ce Seum nait à la première remarque sur nos comportements, aux premières insultes sexistes « pour rire », aux premières agressions et micro-agressions qui nous assignent à ce rôle genré et nous refusent ainsi l’accès à notre émancipation.

Nous sommes celles dont on critique la tenue, jamais assez couvrante ou trop provocante, celles dont on estime que le comportement mérite légitimement punition et violences, celles que l’on agresse dans la rue, à la fac ou à la machine à café, celle que l’on viole impunément et dont on refuse d’enregistrer la plainte, celles que l’on rabaisse constamment, celles que l’on harcèle, celles que l’on violente, celles dont on instrumentalise la domination à des fins racistes aussi, celles que l’on présente libérées dans une société auto-déclarée égalitaire et dont on moque les luttes féministes, dans la douce chaleur de l’entre-soi. Nous sommes trop noires, trop frisées, trop grosses, trop agressives, trop vulgaires, trop féministes en somme.
Nous sommes celles qui vous élevons, qui vous nourrissons, qui éduquons vos enfants ou plutôt celles qui les préparent à ce monde sans justice et sans paix.

Nous sommes le Seum des meufs, nous ne vous devons rien et vous ne parlerez plus à notre place.

Si tu veux t’asseoir sur le trône faudra t’asseoir sur nos genoux.

Le collectif du Seum

Qui sommes-nous ?

Femmes, noir(e)s, musulman(e)s, jui(f)(ve)s, bisexuel(le)s, arabes, mères, pauvres : le Seum est un rassemblement de personnes subissant au moins une oppression systémique, que celle-ci soit liée au genre, à la race, à l’origine et à la position sociale, à la religion, à l’orientation sexuelle ou tout cela à la fois.

Il nous apparaît à tous urgent et même vital, de nous rassembler et de nous organiser de manière autonome, loin des appareils politiques institutionnels, dans lesquels – de SOS racisme à OLF – nous ne nous reconnaissons pas.

Nés dans le sillage de la Marche de la Dignité d’octobre 2015, évènement fondateur organisé par la MAFED, nous voulons désormais donner de la voix. Nous luttons, ensemble, pour la destruction (et non la réforme) des institutions qui nous oppriment. Nous soutenons ainsi, de toutes nos forces, les groupements autonomes révolutionnaires dont nous partageons les engagements et les actions antiracistes (luttes contre le racisme mais aussi l’islamophobie, la négrophobie, l’antisémitisme) antisexistes, anticapitalistes. Nous militons pour la reconnaissance et l’émancipation des minorités – en termes d’accès au pouvoir – auxquelles nous appartenons de fait et auxquelles nous sommes assigné(e)s.

Dans cette optique, nous nous engageons, en tant que collectif, à prendre en compte le maximum d’axes d’oppressions systémiques possible, que ce soit dans nos propos comme dans nos actions, à l’aide d’un mode de fonctionnement horizontal.

Par conséquent, aucun membre du Seum n’a de pouvoir de décision sur les axes qui le concernent en tant que dominant. Les questions de l’hétérophobie, du racisme anti-blanc, de l’oppression imaginaire des athées, du sexisme anti-hommes sont donc exclues des débats et prises de position.

Que proposons-nous ?
– Un espace d’entraide, d’échanges, de partage et de réflexions.
– Un soutien concret via la création d’une caisse de secours en nature et en espèces.
– Une évaluation et une aide à l’ouverture des droits sociaux de chaque nouveau membre.
– La mise en commun de nos connaissances et compétences à des fins d’émancipation via l’auto-formation.
– L’organisation d’actions politiques autonomes en collaboration avec d’autres collectifs concernés.
– Un soutien et une participation à la diffusion des idées et actions politiques des organisations autonomes amies.
– Une organisation en sous-groupes, non-mixtes, permettant de lutter concrètement et efficacement contre les oppressions qui nous visent.

C’est bandant d’être indépendants.