On a le seum contre les maltraitances gynécologiques. (8 mars part. 5)

Dans le seum des meufs, on est toutes cis pour l’instant. Notre mot d’ordre étant de ne pas « parler à la place de », on traitera donc ici spécifiquement de maltraitances médicales vécues par les femmes cis. N’hésitez pas à nous suggérer des modifications, ou des ressources et témoignages de maltraitances médicales vécues par des personnes trans (et surtout, à nous rejoindre !).

Toutes les femmes n’ont pas d’utérus, et tous les gens avec des utérus ne sont pas des femmes. Cependant, dans nos sociétés, le contrôle des utérus relève du contrôle du corps la femme, et non d’une « utérophobie » aveugle aux genres. Nous pensons que c’est un sujet politique, et féministe ; et qu’à ce titre, il concerne certes tous les gens ayant recours à un gynécologue, mais aussi toutes les femmes, qu’elles aient ou non un utérus, qu’elles soient ou non en mesure de porter des enfants.

En novembre 2014, des milliers de personnes témoignent sur Twitter des maltraitances gynécologiques qu’elles subissent avec le mot-clef #PayeTonUtérus. Dans le même temps un blog (gyn&co) est créé pour recenser tous les noms, adresses et coordonnées des praticiens compétents et humains qui exercent dans le respect des droits de leurs patientes.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Une quantité effarante de témoignages est toujours publiée régulièrement. Qu’ils concernent des remarques ou des questions humiliantes, objectivantes, déplacées, qui vont à l’encontre de notre légitimité à vivre la sexualité de notre choix, sans jugement, sans injonction, sans mépris.

On a le seum contre les praticien.nes abusif.ves.
Les gynécologues se permettent de confronter leurs patientes à leurs convictions et leurs choix à tout moment de la consultation, de l’IVG de l’accouchement. Ils n’ont aucun problème avec la prescription de la pilule, qui est en général accordée sans bilan sanguin préliminaire et donc sans prévention des risques. Si ce moyen de contraception convient à certaines femmes, ce n’est pas le cas de toutes, notamment pour celles qui ne supportent pas la prise d’hormones.

La plupart des jeunes femmes qui commencent leur vie sexuelle exigent le droit de pouvoir choisir pleinement leur contraception et de ne plus avoir à justifier leur choix au point que cela devienne un interrogatoire ou un réquisitoire sur leur mode de vie, sur leurs choix sexuels.

Combien de remarques humiliantes ont-elles subi concernant leur sexualité, leur mode de vie, leurs habitudes alimentaires ?
Combien de maltraitances, parfois infimes, parfois accablantes, et très souvent traumatisantes, ont-elles vécu sans broncher pendant une consultation, un IVG, un accouchement ?

Pendant combien de temps encore vont-elles supporter la misogynie, la grossophobie, l’homophobie, les paroles humiliantes ?
Jusqu’à quand encore vont-elles espérer se confier à une personne respectueuse de leurs droits, de leurs attentes, de leurs désirs ?

Combien de fois encore vont-elles être mal à l’aise, gênées ou honteuses à l’idée de poser une question qui concerne pourtant leur bien-être – leur vie, et pas celle de leur praticien.ne ?

On a le seum contre les gynécologues qui refusent la stérilisation aux femmes qui ne veulent pas d’enfants, au prétexte qu’elles seraient encore trop jeunes, trop célibataires, trop capricieuses, trop immatures, pas assez réfléchies, pas assez « femmes ».
On a le seum contre les gynécologues qui font du temps d’une consultation un moment difficile et dérangeant avec des injonctions à « être » en fonction de notre âge, de notre poids, de notre avancée supposée dans la vie sexuelle, de nos aspirations, de nos désirs, qu’on se retrouve de toute façon obligé de mettre à nue.

On a le seum contre l’injonction à une vie sexuelle stable pour la pose d’un stérilet.
On a le seum contre les saloperies qu’on ingère avec cette foutue pilule.
On a le seum contre les souffrances par lesquelles on passe pour accéder à la contraception de notre choix.
On a le seum contre les praticien.ne.s qui ne respectent ni notre corps ni notre rapport à ce corps.
On a le seum contre la violence des échographies endovaginales.
On a le seum contre l’injonction écœurante à vivre une vie sexuelle de femme épanouie via la pénétration, et c’est tout.
On a le seum contre l’épisiotomie que des femmes nouvellement mères subissent encore dans l’impunité la plus ahurissante.

On a du mal à trouver des praticien.nne.s qui nous conviennent, mais on sait que c’est possible.

On aimerait payer nos frais de consultation sans passer de longues minutes ou de longues heures à se sentir mal.
On aimerait pouvoir faire confiance simplement à la personne qui nous soigne et nous accompagne tout au long de notre vie.
On aimerait pouvoir commencer ou changer de contraception, sans jugement, sans défiance, sans débourser des centaines d’euros.
On aimerait pouvoir faire le choix de ne pas avoir d’enfants sans avoir à faire le parcours du combattant.

On aimerait juste pouvoir choisir.

On a le seum contre ce que vivent nos enfants (8 mars – part. 3)

On a le Seum contre ce que vivent nos enfants, le Seum de nous battre contre tout ce qui les menace, les brutalise, les diminue, les humilie, les blesse.

La parentalité c’est la fonction d’être parent dans ses aspects juridiques, politiques, socio-économiques, culturels et institutionnels. Bien sur, c’est théorique, mais au quotidien, ça veut dire quoi ? Nous sommes des mères et en cela responsables et tenues responsables de la santé physique, psychologique de nos enfants, de leur survie, de leur bien-être, de leur avenir, d’eux et d’elles, avec nos petits bras.

Parce qu’en tant que parent d’un.e enfant racisé.e, on se retrouve confrontés à un questionnement majeur : Comment éviter qu’il ne souffre des discriminations dont nous-mêmes avons fait l’objet (et dont nos parents ont fait l’objet)?

La réponse, aussi fataliste qu’elle puisse paraître, se veut pourtant réaliste : on ne pourra pas. En tous cas pas sans lutter, pour nos mômes, pour ceux des autres, pour nous. Parce que la société française est – aujourd’hui comme hier – ce qu’elle est : raciste, sexiste, homophobe, salement universaliste (dans le sens où tout ce qui lui ressemble est bon contrairement à ce qui en diffère) et j’en passe. Et on ne peut pas dire que les structures qui sont censées lutter contre les différentes dominations que l’État opère nous soient d’une grande utilité, ce serait même l’inverse. On ne peut pas dire non plus que le racisme, le sexisme, l’homophobie ne soient uniquement produits par l’État, ce serait tout aussi incomplet.

Revenons à notre condition de mère racisée, dans un pays raciste.

Dès lors que l’on sait cela, on doit s’armer et trouver des stratégies. On doit endosser un de nos costumes de SUPER-MAMAN et ne rien laisser passer. Que ce soit à la maison, à l’école, au cinéma, au foot, au parc, à la piscine, au poney ou dans les livres d’histoire. Très tôt, nous avons la difficile tâche d’expliquer à nos enfants les notions « de rejet, d’injustice i » et de discrimination. Très rapidement, nous devons leur dire qu’ils devront faire plus d’efforts que d’autres pour arriver au même niveau, qu’ils ne pourront pas se contenter d’être moyens, que c’est injuste, mais c’est le monde dans lequel on vit, en gros leur expliquer qu’ils ne sont pas blancs. Un des privilèges des parents d’enfants non-racisés réside dans le fait qu’ils ont la chance, la liberté, la possibilité de ne pas faire ce travail. De ne pas devoir expliquer l’injustice, la cruauté, les rapports de domination, les oppressions et de leur nécessaire articulation. De ne pas avoir à mettre de mots sur le racisme que subit un enfant de 6 ans ; En revanche, pour nous, c’est une nécessité, pour l’équilibre, la bonne santé mentale et surtout l’avenir de nos enfants. Il est important de leur parler. Si nous ne le faisons pas, l’environnement sociétal dans lequel nous évoluons le fera pour nous. (Deux excellents livres peuvent vous aider à aborder le sujet avec les enfants : Maman noire et invisible de Diariatou Kebe et Comment parler du racisme aux enfants ? de Rokhaya Diallo)

Parmi les institutions et les structures sociales qui produisent ces effets sur nos enfants, l’école publique de la République, avec sur son fronton les mots « Liberté, Égalité, Fraternité » (lol), est une des premières qui doit requérir notre attention. C’est le « premier lieu d’interaction de racisme entre le personnel enseignant et les élèves »ii d’après Many Chroniques, professeure d’Histoire-Géographie en banlieue parisienneiii. Le système de notation, les orientations vers les filières professionnelles iv ainsi que l’absentéisme des professeurs (plus important dans certaines zones prioritaires v ) sont autant de problématiques que nos enfants doivent gérer.

L’école, de par ses enseignements universalistes, est également l’institution qui va enseigner la haine de soi à nos mômes :

L’école de la république est en théorie la même pour tou.t.es, elle est censée donner les mêmes chances de réussite à tous les élèves mais ne reçoivent malheureusement pas la même qualité d’enseignement en fonction de leurs lieux de vie. Les clichés racistes impactent les enfants dans leurs vie scolaire : on sera plus durs avec eux sur les questions disciplinaires, les comportements et préjugés racistes peuvent également se traduire par des attentes peu élevées pour certains élèves, on les accusera de ne pas avoir fait leurs devoirs seuls…

Il est à la fois crucial et injuste de travailler avec nos enfants, auprès d’eux, sur la question de la représentation positive, car le fait est que les enfants intègrent très tôt les stéréotypes. Quelles conséquences ont ces derniers sur nos enfants ? A minima, celles-ci les contraignent à se comporter comme attendu d’eux, à se dévaloriser, et à intégrer la haine d’eux-mêmes.

Par ailleurs, les programmes scolaires n’abordent que très succinctement l’esclavage et la colonisation (ou alors sous l’angle « positif », la construction de routes et d’écoles), ce qui contribue à effacer des mémoires qui sont pourtant primordiales pour la compréhension du monde tel qu’il est actuellement.

La représentation positive est absolument nécessaire, même si les non-blancs n’existent quasiment pas dans l’espace médiatique, culturel, ou politique, ils existent forcément dans votre entourage (proches, famille, amis). Nos enfants sont l’avenir, aidons-les à se construire, à croire en leurs potentiels et à devenir des adultes conscients et épanouis.

CS

iv CEREQ, Enquête génération : premiers pas dans la vie active de la génération 2010, 2013, en ligne, URL, http://www.cereq.fr/index.php/actualites/Quand-l-Ecole-est-finie.-Premiers-pas-dans-la-vie-active consulté le 10 mars 2016, pages 7 et 18

v Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, « les congés de maladie ordinaires des enseignants du secteur public », février 2015, en ligne, URL http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/20/6/DEPP-NI-2015-07-conges-maladie-ordinaire-enseignants-secteur-public_396206.pdf, consulté le 10 mars 2016

On a le seum contre les hommes qui portent du rouge à lèvres pour la journée de la femme (sic) : PART 2. La pauvreté

Parce que nous, on n’a pas de quoi en acheter.

Statistiquement, on est juste un peu plus pauvres (14% des femmes sont pauvres) que les hommes (13%) en métropole.

Outremer, c’est pire encore, puisque le taux de pauvreté s’établit à 33% de la population locale contre 14% dans l’hexagone. Finalement, 4,7 millions de femmes vivent sous le seuil de pauvreté et 3,9 millions d’hommes. Deux points d’écart, ça fait quand même 500 000 femmes de plus qui vivent avec moins de 964€, TTC, une fois les aides sociales perçues et les impôts éventuels réglés.

Est-ce que ça aurait un lien avec la précarité salariale des femmes ? Même si on exclut les allocations de survie dites universelles (lol) type RSA ou Allocation adulte Handicapé et qu’on regarde seulement les revenus d’activité (issus du travail ou des cotisations maladie/chômage), 2,2 millions de femmes vivaient sous le seuil de pauvreté. En fait, en 2010, 70% des travailleurs pauvres étaient des femmes. Ce qu’elles percevaient comme revenus du travail ou comme fruits de leurs cotisations, s’élevait à moins de 964€ par mois. Même quand on échappe à la tendance, parce qu’on est privilégiées sur d’autres axes (comme le fait d’être blanche, d’être issue d’une famille favorisée, d’être manifestement hétérosexuelle, valide et cisgenre), on doit de toute façon travailler 59 jours de plus que les hommes si on veut être payées autant qu’eux, toutes choses égales par ailleurs.

Tant qu’à faire, nos emplois, quand on en a, sont de faible qualité. Si l’on sélectionne trois métiers parmi les moins qualifiés et les plus pénibles – tant au niveau santé que conditions d’exercice -, à savoir agent d’entretien, aide à domicile et assistante maternelle, on compte alors 95% de femmes.

Et puis, de toute façon, même quand on ne bosse pas et qu’on est, par exemple, allocataire du RSA, on est encore défavorisées. Là aussi on est surreprésentées : 60% des allocataires du RSA sont des femmes. Quand on sait que le RSA de base c’est 470€ pour une femme célibataire, soit même pas 1/3 du SMIC (pour une aide qui est censée représenter la moitié du salaire minimum), le rouge à lèvres, même si on en veut, c’est impossible.

On est pauvres, notamment parce qu’on dispose d’emplois moins stables, plus fréquemment à temps partiel, moins souvent bien rémunérés. On subit aussi davantage le chômage (du moins jusqu’en 2012), on est trois fois plus nombreuses que les hommes à vouloir travailler plus sans y parvenir. On en crève et ça a des conséquences sur nos trajectoires, jusqu’au bout.

Parce que c’est vrai, on vit plus longtemps, mais dans quelles conditions ? Passés 75 ans, il y a deux fois plus de femmes pauvres que d’hommes. Et parmi les allocataires du minimum vieillesse, là encore on est majoritaires (57%). Nos faibles cotisations retraite (salaire et taux d’activité moins élevés obliges) et notre espérance de vie plus longue nous offrent donc l’opportunité de percevoir le minimum vieillesse (900€ par mois si l’on est seule) et de rester paisiblement pauvre jusqu’à notre mort.

Du coup, du rouge à lèvres, nous, même si on en voulait, on n’a pas de quoi en acheter. Et puis il n’y a pas qu’en France que les femmes sont plus pauvres, c’est un phénomène mondial. C’est à se demander s’il n’y aurait pas un système, appelons-le patriarcal, tiens, qui les maintiendrait dans la pauvreté.

Bibliographie :

INSEE, Taux de pauvreté par âge et par sexe, 2013, en ligne URL http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF04416

Centre d’observation de la société, « En matière de pauvreté, l’INSEE considère que les DOM ne font pas partie de la France », septembre 2015, en ligne, URL http://www.observationsociete.fr/en-mati%C3%A8re-de-pauvret%C3%A9-l%E2%80%99insee-consid%C3%A8re-que-les-dom-ne-font-pas-partie-de-la-france#footnote3_9bqeis5

CESE, Enquête « Femmes et précarité », 2013, en ligne, URL http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Etudes/2013/2013_09_femmes_precarite.pdf

INSEE, taux de chômage par sexe, 2016, en ligne, URL http://www.insee.fr/fr/themes/series-longues.asp?indicateur=taux-chomage-sexe

L’Express, « les femmes ne sont pas égales aux hommes, la preuve en dix chiffres », 2013, en ligne, URL http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-femmes-ne-sont-pas-egales-aux-hommes-la-preuve-en-10-chiffres_1447049.html

On a le seum contre les mecs qui mettent du rouge à lèvres pour la journée de la femme (sic) : PART 1. Les temps sociaux.

 

Parce que nous, on n’a pas le temps d’en mettre.

Si la journée des femmes est composée de moins d’heures de travail salarié (merci le temps partiel, souvent contraint et le taux de chômage des femmes plus élevé) que celle des hommes, quand on parle temps sociaux en général, ça se corse. Les temps sociaux, ce sont les différentes périodes de temps dans une journée : travail salarié, travail domestique, temps de sociabilité, loisirs.

Le temps domestique est constitué des heures que nous passons à travailler gratuitement au domicile. Il s’agit donc des soins aux enfants, des courses, du ménage, du bricolage, de la cuisine, du linge, des soins aux animaux, du jardinage. Vient ensuite le temps de sociabilité hors repas, destiné à nos relations amicales, familiales, de voisinage. Il y a aussi le temps de trajet domicile-travail et enfin, le temps de loisirs (télé, internet, lecture, promenade, sport).

Quand on parle répartition des tâches ménagères, on passe pour des harpies qui n’ont pas de vrais problèmes, comme ces pauvres femmes afghanes, qui elles, ont besoin du féminisme, contrairement à nous. La plupart des hommes estiment ainsi que poser une étagère au mois d’août, planter les géraniums au printemps et laver la voiture le dimanche, est comparable au fait de cuisiner tous les jours, laver/sécher/ranger le linge du foyer, récurer les toilettes, passer l’aspirateur, changer les draps, nourrir les enfants, s’occuper des papiers, préparer les vacances et les activités extra-scolaires des petits, ouvrir le courrier, gérer les comptes, organiser la rentrée, repasser, emmener les petits chez le médecin, aller aux réunions d’école.

Le travail domestique (gratuit, donc) est principalement assuré par les femmes, qu’il y ait des enfants ou pas .En fait, le seul moment où les hommes s’occupent davantage des tâches ménagères c’est…pendant les onze jours du congé paternité, qu’ils sont seulement 10 % à prendre en intégralité. Difficile de croire que le seul fait d’être une meuf nous contraigne à devoir assurer près de 80% du travail domestique. Les hommes effectuent ainsi 2h de travail domestique par jour, contre 3h26 pour les femmes.

Que font-ils de ces deux petites heures de travail domestique par jour ? Des tâches plutôt ostentatoires, valorisantes car valorisées, et durables dans le temps. En effet, les hommes consacrent quatre minutes (!) de plus que les femmes, chaque jour, au jardinage et 15 minutes de plus au bricolage. Tout ça est bien joli, mais ça ne fait vivre personne, de monter des meubles et d’arroser les plantes.

Les femmes en revanche, consacrent deux fois plus de temps que les hommes aux soins aux enfants, qui, comme chacun le sait, ne sont pas assez autonomes pour survivre sans. Elles passent aussi plus de deux fois plus de temps que les hommes (2h35 contre 1h) à faire tourner la baraque : linge, ménage, courses, préparation des repas. Certaines tâches, allez savoir pourquoi, seraient même quasi exclusivement réservées aux femmes : c’est le cas du repassage, par exemple, presque intégralement assurée par la gent féminine. On peut pas pourtant dire qu’un fer à repasser soit plus compliqué à manier qu’un arrosoir.

Bon mais du coup, le féminisme, on y est, nous ! Il y a bien dû y avoir une évolution, non ? Ben non. En dix ans (1999-2010), les hommes consacrent… une minute de plus au travail domestique chaque jour. Certes, les nouvelles technologies ont permis aux femmes de gagner vingt-deux minutes par jour de temps libre. En dix ans. Soit deux minutes en moins par an. Ceci étant, les hommes disposent de 3h20 de temps libre par jour, alors que nous n’avons que 2h45.

Quand c’est la « journée de la femme », qui est en réalité la journée internationale des droits des femmes, appréciez la nuance, des hommes sortent du bois et se griment en femme, histoire de montrer à quel point ils sont favorables à nos droits. Puis rentrent tranquille se démaquiller et mettre les pieds sous une table propre, dans leurs vêtements lavés, avec leurs enfants en bonne santé, autour d’un dîner préparé. La vie.

De nombreuses femmes ont ainsi tendance, alors qu’elles se tapent tout le boulot sans raison valable, à se culpabiliser : pauvre homme, il ne sait pas faire. Comme si ils ne pouvaient pas regarder un tuto youtube pour apprendre à passer la serpillière. Ou alors il sait, mais il fait mal (comme si il fallait sortir de Saint Cyr pour savoir frotter une cuvette de WC) donc il faut repasser derrière lui, donc bon, autant le faire. On a aussi tendance à se dire qu’il vaut mieux faire tout nous-mêmes puisque l’homme n’effectuera aucune tache de son initiative et que donc on va devoir lui demander cent fois – ce qui nous fait sentir comme les dernières des mégères et nous fait perdre du temps et une énergie folle – avant qu’il ne passe à l’action. Ou encore, ils disent directement qu’on aime ça, ranger, nettoyer, prendre tout en charge, faire des doubles journées. Ben voyons. L’amour des tâches domestiques doit être livré à la naissance ?

Une rose à 2€ pour la « journée de la femme » ? Alors qu’on consacre, par an, 1 251 heures au travail domestique, soit 8 mois de travail aux 35h, soit 23 heures par semaine ? Si on était rémunérées au SMIC pour ce travail, on gagnerait environ 10 000€. Le respect est mort.

Rien ne nous condamne à devoir réaliser autant de travail gratuitement. On préférerait avoir du temps pour mettre du rouge, peut-être. Ou autre.


 

En exclu, des conseils du Seum des meufs pour un partage plus équitable en couple hétérosexuel. Il s’agit ici de choses que nous avons testées, selon les circonstances relationnelles, économiques, psychologiques etc. Bien sur, ces conseils n’ont pas vocation à vous faire sentir mal de ne pas vouloir/pouvoir les essayer. Il s’agit d’expériences du Seum des meufs et des résultats obtenus, rien de plus. Toutes vos idées sont attendues ! 

– Verbalisez. Posez clairement les bases de la discussion ; expliquez dans les détails tout ce que vous faites pour le foyer, combien d’heures cela vous mobilise, quelles sont les conséquences sur votre vie, vos projets, votre temps libre.

– Faites des propositions. Ayant réfléchi au préalable à la répartition des tâches dans votre couple, proposez un nouveau mode de fonctionnement « test ». Il peut être plus ou moins formalisé selon votre situation, vous pouvez proposer un planning (certaines tâches sont en individuel – pas besoin d’être deux pour nettoyer des chiottes- et d’autres, collectives (rangement hebdomadaire d’une pièce par exemple). Les tâches individuelles peuvent être réalisées à tour de rôle, Monsieur semaine A, Madame semaine B. Pour les tâches collectives, donnez-vous rendez-vous : le samedi à 13h, on fait la cuisine, à deux il y en a pour 15 minutes. L’idée est d’arriver avec une proposition clé en main, à négocier avec votre conjoint. S’il ne sait pas faire (LOL) et qu’il est incapable d’utiliser un moteur de recherche, le pauvre, envoyez lui des tutos Youtube. Proposez ce fonctionnement sur une durée assez courte dans un premier temps : on essaye un mois et on fait le point.

– S’il le faut (et si économiquement, vous pouvez vous le permettre), allez au clash. Les propos visant à vous attribuer « naturellement » une passion pour le ménage et les courses sont inacceptables. Idem pour l’instinct maternel, réputé vous donner l’amour de changer des culs, d’emmener les mômes se faire vacciner ou de préparer le déguisement d’Halloween. Ces enfants ne sont pas sortis du cul d’une vache : vous les avez faits ensemble et par conséquent, vous devez vous en occuper ensemble. Rien d’hormonal ne vous destine à en être les uniques responsables.

– Éventuellement, amusez-le. Proposez un outil ludique type chorewars, une appli où chacun gagne de l’expérience en fonction des tâches domestiques réalisées. Un peu ridicule de devoir en arriver là, d’être obligées de mettre une carotte, un jeu, pour que monsieur le jeune chien fou consente à laver ses chaussettes seul, mais bon.

– Enfin, faites la grève. Si ce dernier conseil est impossible à appliquer concernant les soins aux enfants, il est valable pour les couples hétéros sans mômes. Cessez toutes les activités ménagères que votre conjoint estime trop dégradantes pour les faire lui-même. Ne cuisinez plus (ou genre des œufs sur le plat), oubliez de faire les courses, ne lavez plus que vos propres vêtements (oups, pardon, j’ai pas fait gaffe, didon), ne jetez plus les poubelles, ne préparez pas les vacances d’amoureux, transformez les toilettes en sanisette façon Gare du Nord, n’ouvrez plus le courrier, nada. Quand votre conjoint vous reprochera (attention, ça vient vite) de ne plus trouver deux chaussettes propres identiques, dites-lui que vous n’aimez pas trop faire la lessive non plus. Ou que vous n’avez pas eu le temps car vous êtes fatiguée par le travail ou la vie. Que, désolée, c’était le soir de la Ligue des Champions, vous le ferez la semaine prochaine. Ou pas. Si cette dernière méthode ne marche pas à tous les coups – c’est souvent là que les gros machos sortent du bois, avec des arguments du cru, genre « mais c’est ton rôle, c’est pas à moi de faire ça » – elle peut tout de même être utile. Soit pour réaliser à quel point votre conjoint vous traite comme une bonniche, soit parce que ça va vous donner plein de temps libre, pour aller à la piscine, voir vos copines, lire dans un parc etc. La situation où ce conseil devient le plus difficile à suivre, c’est quand votre conjoint est dégueulasse et préfère vivre au milieu des détritus et des moucherons, plutôt que de se mettre enfin au boulot. La grève domestique, ça demande pas mal d’énergie.

– Si rien ne marche et que vous n’êtes pas liée à lui pour des raisons de survie économique, posez-vous sincèrement la question : voulez-vous vraiment rester avec un type qui vous fait travailler gratuitement et « naturellement » pour son bien-être à lui ? Avec quelqu’un qui pense que les Femmes sont comme ça ? Que c’est leur travail ? Pendant combien d’années êtes-vous prêtes à laver ses chaussettes silencieusement et dans l’abnégation ? Finalement, vous êtes indépendantes. Vous êtes même mieux que ça : vous êtes autonomes ET avez la ressource pour faire tourner un foyer entier. Qu’est-ce qui vous retient ?

– Enfin et dans tous les cas, opposez-vous au recours à une femme de ménage. Dans femme de ménage, il y a femme. Or il est peu probable que vous souhaitiez exploiter une autre femme pour réaliser ces tâches salissantes et dégradantes, alors que votre mec peut parfaitement le faire : rien dans sa constitution physique ou psychologique ne l’empêche de tenir un balai, faites le test. Le travail domestique est du travail, la preuve, il peut être rémunéré. Proposez, si vous le souhaitez, à votre conjoint de vous rémunérer directement ces heures, si vous êtes volontaire. Ça devrait le calmer.