L’édito de Riss à la sauce Seum

Parce qu’on a le Seum contre Riss et ses potes, ces personnalités si pleines d’humour (en tous cas ce qu’ils considèrent comme tel) et se sentent depuis quelques mois investis d’une mission, on a repris son éditoAvec notre Seum dedans. 

Depuis une semaine, les spécialistes essaient de comprendre les raisons des attentats de Bruxelles. Une politique internationale agressive, impérialiste, néo-colonialiste qui déclenche des guerres à force d’ingérence et de magouilles ? Une police qui harcèle au faciès au et assassine en toute impunité les membres des minorités nationales ? Une politique intérieure qui n’a eu de cesse de créer et alimenter le “problème musulman”, le “problème migratoire”, le “problème des banlieues” ? Les accusations de communautarisme assénées H24 par les politiques de tous bords dans les grands médias ? Une population maintenue dans des conditions sociales souvent extrêmes et qui n’a ni perspective d’avenir, ni le temps, ni le luxe de rêver ? Des racismes – et notamment une islamophobie – décomplexés et revendiqués ?

Les causes sont nombreuses et chacun choisit celle qui l’arrange selon ses convictions. Les partisans de la justice et de la dignité dénoncent les exactions policières et l’impunité dont les flics bénéficient, les anticapitalistes accusent l’organisation de la société consumériste, les historiens expliquent les liens avec le passé et le présent coloniaux, les sociologues alertent l’opinion sur l’étendue des dégâts provoqués par l’organisation raciale de la société française, les associations antiracistes autonomes tentent d’attirer l’attention sur la montée des racismes : islamophobie, antisémitisme, rromophobie, négrophobie. A vous de choisir.

En réalité, les attentats sont la partie émergée d’un gros iceberg. Ils sont la dernière phase d’un processus enclenché depuis longtemps et à grande échelle. On nous colle le nez sur les gravats de Bruxelles, sur les bougies à fondue allumées devant des bouquets de fleurs sur les trottoirs. Pendant ce temps là, presque personne ne parle de ce qui s’est passé avant hier sur BFM TV et RMC : Laurence Rossignol répond aux questions de Bourdin. Elle est ministre, elle a donc sa place sur ce plateau. Elle vient parler des droits des femmes, dont elle est responsable au gouvernement. C’est aussi une femme. Un peu comme si un éditorialiste/dessinateur d’un journal “satirique” islamophobe crachait sur les musulmans à chaque parution. Juge et partie. 

Qu’importe, Laurence Rossignol ne fait rien de mal et ne fera jamais rien fait de mal. Elle parle du voile, du voile et du voile. Elle se présente comme une féministe, ouverte au débat. Au débat sur la laïcité, qui devrait interdire, selon elle, à une partie des femmes et des “barbus” l’accès aux services et équipements publics, aux démocraties occidentales qui devraient se protéger des dangereux enfants étrangers isolés, en leur faisant passer des test osseux pour déterminer ceux qui auraient menti sur leur âge pour se réfugier en France. Rien de très grave dans tout ça. Car Laurence Rossignol n’agressera jamais des femmes voilées dans la rue  en les frappant si fort qu’elles en perdent leur bébé ni n’ira déposer des têtes de porc sur des mosquées la nuit, ni ne publiera un ouvrage d’anticipation présentant les musulmans de France comme de dangereux terroristes, prêts à tout pour accéder au pouvoir. D’autres l’ont fait et le referont à sa place. Ce n’est pas son rôle. Le sien, sous couvert de défense du droit des femmes, c’est de stigmatiser, humilier, insulter les femmes musulmanes en France, à une heure de grande écoute, sur deux médias à forte audience. Les centaines de milliers d’auditeurs et spectateurs, quand viendra l’heure de voter ou celle de défendre une personne musulmane agressée, conserveront ce petit malaise, que Laurence Rossignol avait distillé ce jour-là. Ils n’oseront plus s’opposer aux islamophobes qui les entourent, aux politiques qui stigmatisent des franges entières de la population, au nom du droit à la sécurité (première des libertés, à ce qu’il parait), de peur d’être taxés d’angélistes, d’obscurantistes voire de communautaristes. Le rôle de Laurence Rossignol s’arrête là, d’autres prendront le relais.

La féministe blanche bourgeoise laïcarde est admirable. Elle est altruiste, courageuse, universaliste. Pourquoi l’embêter, elle qui ne fait de mal à personne d’autre qu’à toutes celles qui ne partagent ni sa position sociale favorisée ni son athéegrisme ? Même celles qui portent des tshirts OLF ou à l’effigie de Caroline Fourest ne les utiliseront jamais pour cacher leur haine féroce des musulmanes. Elles non plus ne feront jamais rien de mal. Alors pourquoi critiquer encore le féminisme ™ islamophobe et les empêcher d’exprimer leur dégoût, teinté d’ethnocentrisme paternaliste à l’égard, de celles qui ne leur ressemblent pas ? Taisons-nous, regardons ailleurs, fuyons les polémiques et les esclandres de rue ou de machine à café. Le rôle des féministes blanches bourgeoises, même si elles ne se rendent pas compte d’en avoir un, s’arrête là.

Le boulanger, qui a remplacé le précédent, parti à la retraite, a de bons produits. .Il est aimable et a toujours un sourire pour les clients, même les immigrés. Il est parfaitement intégré au quartier, la une de Charlie Hebdo post-attentat “tout est pardonné” et les petits drapeaux français qui ornent sa vitrine ne gênent pas les clients, qui apprécient aussi ses sandwichs à midi. Ceux qu’ils proposent sont très bons, même s’il n’y en désormais plus à la dinde, au surimi ou au poulet. Ce n’est pas grave, il y en a d’autres au jambon ou au saucisson qui feront très bien l’affaire de la clientèle qu’il souhaite conserver. Alors ne râlons pas et évitons d’inutiles polémiques dans cette boulangerie, autrefois appréciée de tous, maintenant réservée à certains. On s’y fera, comme à la sortie raciste de Laurence Rossignol. Le rôle de ce petit patron, boulanger, travailleur, patriote très Charlie, est ainsi rempli.

Ce jeune blanc, qui n’a jamais ouvert un ouvrage de Césaire ou Fanon de sa vie, ne connait rien à l’histoire du racisme et de l’impérialisme, ni à celle de ses ancêtres les colons, organise une ratonnade avec d’autres personnes comme lui. Ils ne sont pas aussi érudits que Laurence Rossignol, pas aussi ostentatoirement racistes que notre boulanger, et ne militent pas en faveur de la liberté de certaines femmes seulement comme les féministes racistes. Direction Pontivy, en Bretagne, quelques jours seulement après le 13 novembre. A cet instant, personne n’a encore rien fait de mal. Ni la Ministre, ni les féministes blanches, ni le boulanger Charlie, ni les jeunes blancs déclassés, persuadés qu’une islamisation de l’Europe est en marche.

Pourtant, tout ce qui va se dérouler dans les rues de la ville ne pourra avoir lieu sans le concours de tous. Car tous inspirent la crainte et la peur. Peur d’être insulté de terroriste, peur de se faire arracher son voile, peur de se voir éjecter des services publics et verbaliser, peur de se faire cracher dessus devant ses enfants, peur de se voir traiter comme un sous-citoyen, un sous-être humain. La peur, tout simplement. Ce qui va se passer dans quelques minutes est l’étape ultime de la peur : la terreur, le terrorisme (nom masculin, ensemble d’actes violents commis par une organisation […] pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, Larousse). Il n’y a pas de terrorisme possible sans l’établissement préalable d’une peur silencieuse généralisée.

Ces jeunes “patriotes” islamophobes n’ont pas besoin de cumuler les qualités des autres, d’être ministres, éditorialistes, écrivains, féministes ou travailleurs. Leur rôle est uniquement de conclure ce qui a été commencé et consiste à nous dire :

“Taisez-vous pour toujours, vivants ou morts, rentrez en Musulmanie, dans la brousse ou en Arabie, arrachez vos voiles, rasez vos barbes, rangez vos ganduras, arrêtez d’être vous, reniez ce Dieu que vous avez choisi, cessez de manifester votre simple existence. Soyez invisibles ou mieux encore : disparaissez. Vos revendications pour l’égalité réelle, vos luttes contre les discriminations et les agressions que vous subissez par nos mains, votre coiffure, vos tenues, votre odeur, votre cuisine, votre respiration, votre histoire, votre présence et celle de vos enfants (même français ou plutôt franco-musulmans) nous est insupportable et ne sera pas tolérée plus longtemps”.

Et surtout, plus personne ne doit oser réfléchir en se posant ces questions : qu’est ce que je fous là ? Qu’est ce que je fous là à traîner tous les jours sur Riposte Laïque ? A acheter les bouquins d’Onfray, Zemmour et Houellebecq ? Qu’est ce que je fous à insulter des inconnus que je suppose musulmans ? Qu’est ce que je fous, à Pontivy ou à Lyon, à organiser des “ratonnades”, à chercher à brutaliser, violenter collectivement des individus dans l’espace public ? Qu’est ce que je fous à invectiver, critiquer, dénigrer mes collègues arabes ou noirs et leurs familles ? A l’ouvrir sans arrêt sur le voile, les salles de prière, le chiisme, le Qatar, le féminisme islamique, le hallal et tant d’autres sujets auxquels je ne connais strictement rien ? Qu’est ce que je fous à être à ce point obsédé par les musulmans qui ne m’ont rien demandé ? A souhaiter si fort leur exclusion de la communauté nationale, à vouloir qu’ils disparaissent, symboliquement et physiquement ?

Les seul(e)s à se poser ces questions sont malheureusement les victimes, surtout des femmes, dans 75% des cas. Qu’est ce que je foutais là, dans cette rue de Pontivy, dans ce quartier du Vieux Lyon, au marché d’Argenteuil,  dans ce bus, à la sortie de l’école de mon fils, à cette réunion politique “de gauche”, dans ce grec, à la piscine, au bureau de vote, devant ma télé, au travail ? Comment puis-je encore oser être de confession, de culture ou d’apparence musulmane dans cette France post-coloniale des Lumières qui me rejette à grands cris, sous couvert d’universalisme, de mission civilisatrice et de libération de la femme ? Qu’est ce que je fous dans ce pays, qui est le mien mais qui ne veut vraisemblablement pas de moi ?

La première mission des coupables, c’est de culpabiliser les innocents. D’exiger d’eux qu’ils se désolidarisent d’actes commis par d’autres. De leur demander de montrer patte blanche, tout en mettant en place les conditions pour qu’ils ne soient jamais innocentés, toujours coupables, toujours soupçonnés. De les considérer et traiter comme des arriérés, des moins que rien, des aliénés et de leur asséner que c’est de leur faute, tout ça. De les accuser dans les médias de tous les maux, de les rejeter hors du corps national avant d’hurler au communautarisme et au repli sur soi quand ils finissent par se regrouper entre exclus ? La première mission des coupables, c’est d’inverser la culpabilité et de faire porter à ceux sur lesquels on exerce des violences, la responsabilité de ces dernières.

Depuis la boulangerie qui affiche la caricature du prophète, assurant que “tout est pardonné” jusqu’à cette féministe qui vous accuse de vouloir annihiler son “mode de vie terrass, mini-jupe et saucisson” (seul chemin viable vers la libération) en passant par ces dirigeants, pourtant élus, qui exigent que vous enleviez tout ce qui est vous, que vous vous fassiez plus blanc que blanc, plus gaulois qu’un souchien, avant d’avoir le droit d’utiliser des services destinés à tous, on se sent coupable d’être rejeté, exclus, stigmatisé, haï, condamné, proscrit, relégué. Dès cet instant, le terrorisme commence son travail de sape, la voie est alors tracée pour tout ce qui arrivera ensuite.

Maître Rossignol, sur un arbre perché…

…Tenait en son bec des propos d’une violence rarement aussi explicite, mais finalement tellement ordinaire.

Après un faux départ pour cause d’intitulé foireux, la Ministre des familles de l’enfance et des droits des femmes , Laurence Rossignol est réapparue le 30 Mars sur RMC. Cette fois c’était le vrai départ, le bon. Avec les éléments de langages préparés (et oui) , les cibles dans le viseur et le menton levé. Dans un pays où la situation physique, morale et financière des femmes reste particulièrement précaire c’est en toute logique que Jean Jacques Bourdin choisit d’emmener son invitée sur la question on ne peut plus urgente de « la mode islamique ». On avait bien grillé que les hipsters suivaient de plus en plus les recommandations de la sunna mais pas au point que ca en devienne une priorité nationale.

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