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L’histoire de mon peuple est triste, fuck un commis d’office

D’où vient la merde qui nous arrive ? C’est un peu la question à 1000 dollars. Elle vient de partout, dans tous les sens mais aussi, elle vient de loin. Le degré de violence supplémentaire déployé cet été à l’égard de certaines femmes musulmanes en raison de leur tenue vestimentaire a encore confirmé cette impression que nous, assigné-es musulman-es, sommes nombreux-ses à partager.

« Les mémoires collectives des quartiers et des minorités raciales sont des outils importants de nos luttes »

Les sentiments (de seum, d’impuissance, de dépit) qu’on a logiquement ressentis ne peuvent servir d’unique base à notre réaction. Parce que notre histoire fait de nous des anticolonialistes installés dans la gueule du loup, on a le devoir de réfléchir aux moyens de lui éclater ses crocs un par un. La mission n’est pas simple et il arrive souvent qu’on se plante. Malheureusement, se planter veut parfois vouloir dire faire plus de mal que de bien, ou en tout cas faire du mal à la mauvaise personne. De la marche de la dignité au combat pour la reconnaissance du meurtre d’Adama Traoré, on a pu voir à quel point les mémoires collectives des quartiers et des minorités raciales sont des outils importants de nos luttes : ils permettent de décoder, de comprendre voire d’anticiper des situations déjà vues/vécues et d’ainsi mobiliser. Mais cet outil, parce qu’il est porteur d’une puissance politique, peut aussi être dangereux pour nous-mêmes.

Ces mémoires auxquelles on tient et que l’on s’acharne à transmettre sont imparfaites, certes. Elles sont imparfaites parce qu’on oublie, nul ne peut se souvenir de tout et ce serait d’ailleurs insupportable. Mais elles sont imparfaites aussi parce qu’elles sont soumises à toutes sortes de pressions. A commencer par celle de la mémoire blanche, cette mémoire adossée à l’histoire officielle et dont le seul but est de légitimer l’ordre racial, social et patriarcal actuel. La mémoire Blanche, c’est celle qui a retenu que c’est l’homme européen qui a généreusement apporté humanité et progrès au reste du monde. Même quand ce dernier s’est perdu dans des pages sombres, c’est toujours pour revenir en sauveur généreux (mais pas repentant, faut pas pousser). En revanche dans les mémoires indigènes, noires, juives, tziganes handicapées, queers, prolétaires, féministes, cette humanité est fictive – accordée ou refusée selon le bon vouloir des dominants, conditionnée  et temporaire – et ce progrès a un coût : l’exploitation/exclusion/extermination ou la lutte. Bien qu’elles soient chacune spécifiques car correspondant à des oppressions différentes, ces mémoires ont un point commun : une défiance vis-à-vis de la mémoire blanche, de l’histoire officielle.

 « La merde actuelle se suffit à elle-même pour convaincre »

Rien d’étonnant donc à ce que les tenants de l’ordre racial, social et patriarcal s’acharnent à détourner ou instrumentaliser ces mémoires collectives. Qu’ils votent en 2005 une loi sur la promotion des effets positifs de la colonisation, qu’ils imposent le récit du sauveur blanc aux mémoires noires ou encore qu’ils invoquent « deux siècles d’histoire d’amour entre la France et les Juifs », le procédé est le même : le désarmement des minorités. La déstabilisation produite par ces discours facilite ensuite la mise en concurrence des minorités : les musulmans  deviendraient les porteurs intemporels d’un antisémitisme, d’une misogynie et d’une homophobie congénitale, les féministes les premières suspectes d’un racisme avant tout culturel et les Juifs joueraient contre toutes les minorités pour s’attirer les faveurs de l’homme blanc.

Cette stratégie ne peut être la nôtre et pourtant lorsque, par exemple, nous piochons dans la mémoire traumatique juive pour prouver la gravité de la situation actuelle, c’est ce que nous faisons. D’une part parce que c’est nier que l’antisémitisme, y compris sous ses formes brutales, n’a jamais été complètement banni de nos sociétés. D’autre part parce que se saisir de la mémoire d’autrui pour tenter de prouver son appartenance légitime à l’humanité c’est déjà admettre sa propre déshumanisation. Ou, pour le dire plus crûment, la merde actuelle se suffit à elle-même pour convaincre du traitement inhumain auquel nous faisons face. Enfin nous servons cette stratégie du désarmement parce que nous oublions que nos propres mémoires permettent déjà de tracer le cheminement de ce qu’il se passe.

« Ce qui compte aujourd’hui c’est de creuser dans nos mémoires, pas de se faire le commis d’office de celles d’autrui »

Bien sûr, toutes celles et ceux qui tentent de comprendre ou d’expliquer la situation par ce genre de discours ne choisissent pas consciemment d’entretenir la mise en concurrence. La recherche d’empathie, la mobilisation des ressources les plus facilement disponibles (c’est à dire celles mises à disposition par la mémoire blanche) sont des réactions compréhensibles. Ce réflexe de se servir d’un axe d’oppression pour se sortir d’une position de dominé, nous l’avons tous-tes plus ou moins intégrés de manières diverses. Il ne s’agit pas de se blâmer les un-es les autres mais justement d’empêcher les tirs croisés afin de pouvoir enfin parler de convergence. 

Ce qui compte donc aujourd’hui, c’est de creuser dans nos mémoires pour essayer d’y trouver les multiples origines de l’ordre racial, social et patriarcal que nous subissons. Pas de se faire les commis d’office de la mémoire d’autrui. Pas non plus en s’arrêtant seulement sur l’horreur et la violence déployée à notre égard, mais aussi et surtout sur les conditions matérielles qui permettent et entretiennent cette situation et comment nous et nos prédécesseurs y faisont face. Ce sont les failles de la mémoire blanche et donc celles du pouvoir qui opprime qu’il faut travailler, chacun depuis sa position.  Ce travail passe par un respect mutuel des mémoires collectives permettant la mise en commun.

« On sait comment cette histoire a fini et comment elle s’est perpétué »

 Opposer ou comparer les représentations historico-républicaines sur l’antisémitisme (qui serait une invention nazie exportée en Europe par la suite) et l’islamophobie (qui serait un phénomène nouveau lié à l’anticléricalisme français) empêche de percevoir que ces deux oppressions, loin d’être une mauvaise répétition de l’histoire, coexistent en fait depuis fort longtemps. L’antisémitisme moderne et l’idéologie coloniale (dont l’islamophobie n’est qu’un avatar) émergent en France à partir du 19ème siècle et à la faveur d’un ordre social caractérisé par la domination masculine, bourgeoise et blanche que nous subissons encore aujourd’hui. Tandis que l’idéologie coloniale abaissait les “indigènes” au rang d’êtres exploitables et expropriables à merci, l’antisémitisme substituait à l’oppresseur réel un oppresseur fantasmé. On sait comment cette histoire a fini et comment elle s’est perpétuée : des populations humiliées et massacrées, le tout au profit de bourgeoisies bien blanches et toujours confortablement installées au pouvoir.

A l’heure où tout est fait pour fabriquer une haine viscérale entre essence musulmane et essence juive, nous devons insister pour rappeler que les catégories sociales auxquelles juif-ves et musulman-es sont assigné-e-s ont été construites par et en réaction à la domination blanche. Nous n’avons objectivement qu’un seul et même intérêt : l’abolition des races sociales.

Discriminations : le cynisme du gouvernement

Ce matin a été lancée la nouvelle campagne du gouvernement contre les discriminations à l’embauche. En plus de déployer des moyens considérables pour expliquer ce que certains s’époumonnent à dire depuis des décennies, le gouvernement oublie juste sa large part de responsabilité.

Évidemment, au Seum, on lutte avec nos petits bras contre les discriminations, quels que soient les critères sur lesquels elles se basent : race, genre, origine sociale, orientation sexuelle, religion, handicap etc. Si on est tou.t.e.s convaincus de l’importance de ce combat, on se marre un peu quand on voit le gouvernement lancer un énième testing pour vérifier l’existence des discriminations et diffuser une campagne enjoignant les patrons à ne plus discriminer.

Quand un inconnu vous traite de sale gauchiste ou de sale blanc, vous n’êtes pas juridiquement discriminés

Les discriminations ce sont les traitement inégaux ou défavorables, subis par certaines personnes en comparaison avec les autres. Pour être juridiquement reconnues comme telles, elles doivent se baser sur un des 20 critères retenus par la loi. Elles doivent aussi s’exercer dans des domaines reconnus par cette même loi, à savoir l’emploi, le logement, l’éducation, l’accès aux biens et aux services.

CRITERES

Du coup, non, quand un inconnu vous traite de sale gauchiste ou de sale blanc, vous n’êtes pas juridiquement discriminés, bien que la loi retienne ces mêmes critères pour d’autres domaines de la vie sociale. Vous êtes seulement insultés.  On ne parle de discrimination que dans l’accès à des positions sociales, des biens, des éléments centraux de la vie d’une personne, comme le logement ou l’emploi.

Pour en revenir à la mesure des discriminations, c’est vrai que celle-ci est compliquée. Les enquêtes se basent sur l’auto-déclaration des personnes (leur sentiment d’être discriminées), les testings (envoyer 50 CV identiques en tous points sauf certains, afin de mesurer l’influence des variables retenues, comme l’appartenance supposée à la religion musulmane) mais aussi des enquêtes statistiques nationales visant à mesurer le taux de chômage des descendants d’immigrés par rapport à celui de la population majoritaire. Pourtant, ces difficultés de mesure peuvent être surmontées, en croisant les sources et les données objectives (taux de chômage) et subjectives (le ressenti de la discrimination). Pour quels résultats ?

Les personnes immigrées (= qui ont fait le voyage) ou fils/filles d’immigrés (né.e.s en France d’au moins un parent immigré) sont les plus discriminées : 40% en ont été victimes, alors même qu’elles ne représentent que 22% de la population. En gros, une personne sur cinq est immigrée ou descendante de, alors que presque un discriminé sur deux fait partie de ce groupe.

On peut également être racisé par son appartenance réelle ou supposée à une religion

En effet, l’origine (réelle ou supposée) et la couleur de peau sont déclarées comme les principaux motifs de discriminations par les victimes, à hauteur de 37 et 20%. Si on compare avec ce que l’INED appelle la population majoritaire (ni immigré ni descendant de), l’écart est énorme : seuls 10% de ces derniers déclarent avoir subi des discriminations contre 26% des filles et fils d’immigrés et 24% des immigrés eux-mêmes. Plus du double. Ca en fait du monde qui déclare subir des discriminations par leur seule appartenance à la condition racisée (que ce soit par la couleur de peau ou l’origine). C’est beaucoup.

INED

La couleur de peau est un critère cité par 73% des natifs des DOM et 88% des descendants d’immigrés du Sahel. Ce critère est déterminant pour ces groupes, même si les immigrés en général y rajoutent l’accent et les filles et fils d’immigrés le lieu de résidence.

Enfin et c’est important, on peut également être discriminé par son appartenance réelle ou supposée à une religion. C’est surtout le cas des musulmans, qui déclarent 1,5 fois plus de discriminations de ce type que les athées et présentent 2,5 fois plus de risque d’être refusé à un entretien d’embauche qu’un chrétien, toutes choses égales par ailleurs. On l’a vu avec le testing Marie Diouf, française noire supposée chrétienne, VS Khadidja Diouf, française noire supposée musulmane, mené en 2010 et dont le protocole est le suivant :  

DIOUF

On peut entendre d’ici les râles des fafs qui estiment que les racisés seraient “plus sensibles”, voire même carrément “susceptibles” sur la question des discriminations. Cette hypothèse est contredite par plusieurs données : déjà, les descendants d’immigrés et les natifs des DOM (tous français, donc) déclarent davantage de discriminations que les immigrés eux-mêmes. Or on devrait s’attendre à l’inverse puisque les immigrés, en complément de la couleur de peau et de l’origine supposées, sont en plus discriminés en raison de leur accent et de leur nationalité, contrairement à leurs enfants. On sait aussi qu’avoir un seul parent immigré plutôt que deux protège des discriminations. Ce qui appuie aussi l’idée que les immigrés devraient être plus discriminés que leurs enfants. Mais ce n’est pas le cas. 

On peut aussi expliquer l’écart de déclaration entre les immigrés et leurs enfants par le fait que ces enfants, français, élevés et éduqués en France, ont une conscience plus aigue des discriminations ou en tous cas nourrissent un sentiment de révolte plus fort. Et pour cause, liberté,égalité, fraternité, accès aux droits égal entre tous les citoyens français blabla. Logique qu’ils identifient davantage les discriminations dont ils sont victimes, les déclarent et s’en indignent, vu la soupe républicaine qu’on leur vend toute l’année et étant donné qu’une (trop) petite partie d’entre eux atteint enfin des positions sociales enviables, au prix d’efforts couteux et de luttes quotidiennes.

D’ailleurs, plus on est diplomé, plus on est sensible aux discriminations. Non seulement parce qu’on les identifie davantage en tant que telles, mais aussi parce que plus on monte dans les positions sociales et moins les minorités sont nombreuses, du coup, on est plus exposés. 

Voilà en gros pour l’état de la recherche sur les discriminations en France. On a déjà suffisamment de données, à la fois qualitatives et quantitatives pour savoir que oui, les discriminations existent, surtout les raciales, surtout celles liées au genre, mais aussi à l’âge, l’état de santé, la grossesse, l’activité syndicale.

L’Etat est lui-même producteur – et pas qu’un peu – des discriminations à l’embauche et à la promotion professionnelle

Au delà du fait que le gouvernement se moque de nous en cherchant à prouver les discriminations dont on a déjà la preuve, il y a autre chose de très gênant dans la campagne lancée. L’Etat est lui-même producteur – et pas qu’un peu – des discriminations à l’embauche et à la promotion professionnelle.

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L’Etat offre 20% de l’emploi total. Un boulot sur cinq. Ça fait beaucoup, presque 6 millions d’emplois en tout. Pourtant, 94% des emplois publics sont interdits de fait aux étrangers, c’est à dire à ceux qui n’ont pas la nationalité française. Si cette discrimination peut éventuellement (et encore, faut forcer) se comprendre pour des raisons de sécurité nationale ou de prérogatives de la puissance publique (on pense ici à la police, l’armée, les impôts, les douanes), ces emplois sensibles ne représentent qu’à peine plus d’un emploi public sur dix. La défunte HALDE avait d’ailleurs précisé, en 2009, qu’en dehors de ces postes-la, l’exclusion des étrangers ne se justifiait en rien.

Certes, la fonction publique n’est pas le seul secteur qui interdit des emplois aux étrangers puisqu’au total c’est 30% de l’emploi total qui est réservé aux nationaux ou aux étrangers européens dits « communautaires ». Dans le secteur privé, 17 postes sont interdits aux étrangers (huissiers, notaires, directeurs de presse…) et 35 autres sont réservés aux étrangers européens (vétérinaires, buralistes, directeurs de salles de spectacles…).

Il reste tout de même que l’Etat, avec 20% de l’emploi total dont la quasi-totalité interdit aux étrangers fait un beau score en termes de discriminations. Du coup, il considère que réserver les concours d’accès à la fonction publique est une « discrimination tolérée ». 

Exceptions

Extrait du site “stop-discrimination.gouv”

En dépit de leurs “compétences”, donc, quasiment tous les emplois publics sont interdits aux étrangers, quand bien même les postes n’auraient rien avoir avec la sécurité de la nation. Bien sur, l’Etat n’est pas si regardant quant il s’agit d’embaucher des médecins étrangers salariés dans les hopitaux, des profs étrangers contractuels dans les facs etc. L’emploi public pour les étrangers non, l’emploi public précaire, là d’accord.

Voila pour les discriminations à l’accès à l’emploi public. Et à l’intérieur de la fonction publique, comment ça se passe niveau discriminations ? Pas bien. Parmi l’ensemble des plaintes enregistrées par le Défenseur des droits, près de 20% concernaient le secteur public. Quant aux motifs de ces plaintes, 17% concernaient l’origine et 33% l’état de santé et le handicap. Les discriminations liées au genre ne sont pas en reste, notamment dans l’accès aux postes à responsabilité, rémunérateurs, stables et valorisants.

genre

Cette campagne du gouvernement, que ce soit son volet “on va vérifier si les discriminations existent et les mesurer » ou celui de “bouh les patrons, vous êtes trop méchants”, nous semble donc bien cynique. Elle participe à la mise en scène de la lutte contre les oppressions menées prétendument par l’Etat en niant complètement les discriminations opérées par la fonction publique et permet, du même coup, de retarder la mise en oeuvre de véritables politiques de luttes en cherchant d’abord à vérifier, pour la millième fois, l’existence même des discriminations que des milliers d’individus et d’enquête ont déjà clamé haut et fort.

Du foutage de gueule.

BIBLIOGRAPHIE :

INED, “les discriminations : une question de minorités visibles ?”, Populations et sociétés, N°466, avril 2010, en ligne URL https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19134/466.fr.pdf

C.LEFEBVRE, “Les discriminations dans la fonction publique”,Emploi-public.fr, 4 juin 2013, en ligne URL http://infos.emploipublic.fr/dossiers/connaitre-la-fonction-publique/la-diversite-dans-la-fonction-publique/les-discriminations-dans-la-fonction-publique/apm-1427/

CSA pour l’OIT et le Défenseur des droits, “Baromètre de la perception des discriminations au travail, regards croisés salariés du privés et agents de la fonction publique”, janvier 2012, en ligne URL http://www.ilo.org/public/french/region/eurpro/paris/actualites/download/discrimin2012fp.pdf

A.SPIRE et A. MATH, “Des millions d’emplois interdits, cartographie de la discrimination légale”, Les Mots Sont Importants, 8 aout 2015, en ligne URL http://lmsi.net/Des-millions-d-emplois-interdits

 Stop discriminations, “définitions et formes de discriminations”, 2016, en ligne URL http://stop-discrimination.gouv.fr/informations/definitions-et-formes-de-discriminations

ADIDA, LAITIN, VALFORT, “les Français musulmans sont-ils discriminés dans leur propre pays ? Une étude expérimentale sur le marché du travail”, French American Foundation et Sciences Po Paris, 2009, URL en ligne https://frenchamerican.org/sites/default/files/documents/media_reports/laitin_discriminationmusulmans_report_fr.pdf

L’édito de Riss à la sauce Seum

Parce qu’on a le Seum contre Riss et ses potes, ces personnalités si pleines d’humour (en tous cas ce qu’ils considèrent comme tel) et se sentent depuis quelques mois investis d’une mission, on a repris son éditoAvec notre Seum dedans. 

Depuis une semaine, les spécialistes essaient de comprendre les raisons des attentats de Bruxelles. Une politique internationale agressive, impérialiste, néo-colonialiste qui déclenche des guerres à force d’ingérence et de magouilles ? Une police qui harcèle au faciès au et assassine en toute impunité les membres des minorités nationales ? Une politique intérieure qui n’a eu de cesse de créer et alimenter le “problème musulman”, le “problème migratoire”, le “problème des banlieues” ? Les accusations de communautarisme assénées H24 par les politiques de tous bords dans les grands médias ? Une population maintenue dans des conditions sociales souvent extrêmes et qui n’a ni perspective d’avenir, ni le temps, ni le luxe de rêver ? Des racismes – et notamment une islamophobie – décomplexés et revendiqués ?

Les causes sont nombreuses et chacun choisit celle qui l’arrange selon ses convictions. Les partisans de la justice et de la dignité dénoncent les exactions policières et l’impunité dont les flics bénéficient, les anticapitalistes accusent l’organisation de la société consumériste, les historiens expliquent les liens avec le passé et le présent coloniaux, les sociologues alertent l’opinion sur l’étendue des dégâts provoqués par l’organisation raciale de la société française, les associations antiracistes autonomes tentent d’attirer l’attention sur la montée des racismes : islamophobie, antisémitisme, rromophobie, négrophobie. A vous de choisir.

En réalité, les attentats sont la partie émergée d’un gros iceberg. Ils sont la dernière phase d’un processus enclenché depuis longtemps et à grande échelle. On nous colle le nez sur les gravats de Bruxelles, sur les bougies à fondue allumées devant des bouquets de fleurs sur les trottoirs. Pendant ce temps là, presque personne ne parle de ce qui s’est passé avant hier sur BFM TV et RMC : Laurence Rossignol répond aux questions de Bourdin. Elle est ministre, elle a donc sa place sur ce plateau. Elle vient parler des droits des femmes, dont elle est responsable au gouvernement. C’est aussi une femme. Un peu comme si un éditorialiste/dessinateur d’un journal “satirique” islamophobe crachait sur les musulmans à chaque parution. Juge et partie. 

Qu’importe, Laurence Rossignol ne fait rien de mal et ne fera jamais rien fait de mal. Elle parle du voile, du voile et du voile. Elle se présente comme une féministe, ouverte au débat. Au débat sur la laïcité, qui devrait interdire, selon elle, à une partie des femmes et des “barbus” l’accès aux services et équipements publics, aux démocraties occidentales qui devraient se protéger des dangereux enfants étrangers isolés, en leur faisant passer des test osseux pour déterminer ceux qui auraient menti sur leur âge pour se réfugier en France. Rien de très grave dans tout ça. Car Laurence Rossignol n’agressera jamais des femmes voilées dans la rue  en les frappant si fort qu’elles en perdent leur bébé ni n’ira déposer des têtes de porc sur des mosquées la nuit, ni ne publiera un ouvrage d’anticipation présentant les musulmans de France comme de dangereux terroristes, prêts à tout pour accéder au pouvoir. D’autres l’ont fait et le referont à sa place. Ce n’est pas son rôle. Le sien, sous couvert de défense du droit des femmes, c’est de stigmatiser, humilier, insulter les femmes musulmanes en France, à une heure de grande écoute, sur deux médias à forte audience. Les centaines de milliers d’auditeurs et spectateurs, quand viendra l’heure de voter ou celle de défendre une personne musulmane agressée, conserveront ce petit malaise, que Laurence Rossignol avait distillé ce jour-là. Ils n’oseront plus s’opposer aux islamophobes qui les entourent, aux politiques qui stigmatisent des franges entières de la population, au nom du droit à la sécurité (première des libertés, à ce qu’il parait), de peur d’être taxés d’angélistes, d’obscurantistes voire de communautaristes. Le rôle de Laurence Rossignol s’arrête là, d’autres prendront le relais.

La féministe blanche bourgeoise laïcarde est admirable. Elle est altruiste, courageuse, universaliste. Pourquoi l’embêter, elle qui ne fait de mal à personne d’autre qu’à toutes celles qui ne partagent ni sa position sociale favorisée ni son athéegrisme ? Même celles qui portent des tshirts OLF ou à l’effigie de Caroline Fourest ne les utiliseront jamais pour cacher leur haine féroce des musulmanes. Elles non plus ne feront jamais rien de mal. Alors pourquoi critiquer encore le féminisme ™ islamophobe et les empêcher d’exprimer leur dégoût, teinté d’ethnocentrisme paternaliste à l’égard, de celles qui ne leur ressemblent pas ? Taisons-nous, regardons ailleurs, fuyons les polémiques et les esclandres de rue ou de machine à café. Le rôle des féministes blanches bourgeoises, même si elles ne se rendent pas compte d’en avoir un, s’arrête là.

Le boulanger, qui a remplacé le précédent, parti à la retraite, a de bons produits. .Il est aimable et a toujours un sourire pour les clients, même les immigrés. Il est parfaitement intégré au quartier, la une de Charlie Hebdo post-attentat “tout est pardonné” et les petits drapeaux français qui ornent sa vitrine ne gênent pas les clients, qui apprécient aussi ses sandwichs à midi. Ceux qu’ils proposent sont très bons, même s’il n’y en désormais plus à la dinde, au surimi ou au poulet. Ce n’est pas grave, il y en a d’autres au jambon ou au saucisson qui feront très bien l’affaire de la clientèle qu’il souhaite conserver. Alors ne râlons pas et évitons d’inutiles polémiques dans cette boulangerie, autrefois appréciée de tous, maintenant réservée à certains. On s’y fera, comme à la sortie raciste de Laurence Rossignol. Le rôle de ce petit patron, boulanger, travailleur, patriote très Charlie, est ainsi rempli.

Ce jeune blanc, qui n’a jamais ouvert un ouvrage de Césaire ou Fanon de sa vie, ne connait rien à l’histoire du racisme et de l’impérialisme, ni à celle de ses ancêtres les colons, organise une ratonnade avec d’autres personnes comme lui. Ils ne sont pas aussi érudits que Laurence Rossignol, pas aussi ostentatoirement racistes que notre boulanger, et ne militent pas en faveur de la liberté de certaines femmes seulement comme les féministes racistes. Direction Pontivy, en Bretagne, quelques jours seulement après le 13 novembre. A cet instant, personne n’a encore rien fait de mal. Ni la Ministre, ni les féministes blanches, ni le boulanger Charlie, ni les jeunes blancs déclassés, persuadés qu’une islamisation de l’Europe est en marche.

Pourtant, tout ce qui va se dérouler dans les rues de la ville ne pourra avoir lieu sans le concours de tous. Car tous inspirent la crainte et la peur. Peur d’être insulté de terroriste, peur de se faire arracher son voile, peur de se voir éjecter des services publics et verbaliser, peur de se faire cracher dessus devant ses enfants, peur de se voir traiter comme un sous-citoyen, un sous-être humain. La peur, tout simplement. Ce qui va se passer dans quelques minutes est l’étape ultime de la peur : la terreur, le terrorisme (nom masculin, ensemble d’actes violents commis par une organisation […] pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, Larousse). Il n’y a pas de terrorisme possible sans l’établissement préalable d’une peur silencieuse généralisée.

Ces jeunes “patriotes” islamophobes n’ont pas besoin de cumuler les qualités des autres, d’être ministres, éditorialistes, écrivains, féministes ou travailleurs. Leur rôle est uniquement de conclure ce qui a été commencé et consiste à nous dire :

“Taisez-vous pour toujours, vivants ou morts, rentrez en Musulmanie, dans la brousse ou en Arabie, arrachez vos voiles, rasez vos barbes, rangez vos ganduras, arrêtez d’être vous, reniez ce Dieu que vous avez choisi, cessez de manifester votre simple existence. Soyez invisibles ou mieux encore : disparaissez. Vos revendications pour l’égalité réelle, vos luttes contre les discriminations et les agressions que vous subissez par nos mains, votre coiffure, vos tenues, votre odeur, votre cuisine, votre respiration, votre histoire, votre présence et celle de vos enfants (même français ou plutôt franco-musulmans) nous est insupportable et ne sera pas tolérée plus longtemps”.

Et surtout, plus personne ne doit oser réfléchir en se posant ces questions : qu’est ce que je fous là ? Qu’est ce que je fous là à traîner tous les jours sur Riposte Laïque ? A acheter les bouquins d’Onfray, Zemmour et Houellebecq ? Qu’est ce que je fous à insulter des inconnus que je suppose musulmans ? Qu’est ce que je fous, à Pontivy ou à Lyon, à organiser des “ratonnades”, à chercher à brutaliser, violenter collectivement des individus dans l’espace public ? Qu’est ce que je fous à invectiver, critiquer, dénigrer mes collègues arabes ou noirs et leurs familles ? A l’ouvrir sans arrêt sur le voile, les salles de prière, le chiisme, le Qatar, le féminisme islamique, le hallal et tant d’autres sujets auxquels je ne connais strictement rien ? Qu’est ce que je fous à être à ce point obsédé par les musulmans qui ne m’ont rien demandé ? A souhaiter si fort leur exclusion de la communauté nationale, à vouloir qu’ils disparaissent, symboliquement et physiquement ?

Les seul(e)s à se poser ces questions sont malheureusement les victimes, surtout des femmes, dans 75% des cas. Qu’est ce que je foutais là, dans cette rue de Pontivy, dans ce quartier du Vieux Lyon, au marché d’Argenteuil,  dans ce bus, à la sortie de l’école de mon fils, à cette réunion politique “de gauche”, dans ce grec, à la piscine, au bureau de vote, devant ma télé, au travail ? Comment puis-je encore oser être de confession, de culture ou d’apparence musulmane dans cette France post-coloniale des Lumières qui me rejette à grands cris, sous couvert d’universalisme, de mission civilisatrice et de libération de la femme ? Qu’est ce que je fous dans ce pays, qui est le mien mais qui ne veut vraisemblablement pas de moi ?

La première mission des coupables, c’est de culpabiliser les innocents. D’exiger d’eux qu’ils se désolidarisent d’actes commis par d’autres. De leur demander de montrer patte blanche, tout en mettant en place les conditions pour qu’ils ne soient jamais innocentés, toujours coupables, toujours soupçonnés. De les considérer et traiter comme des arriérés, des moins que rien, des aliénés et de leur asséner que c’est de leur faute, tout ça. De les accuser dans les médias de tous les maux, de les rejeter hors du corps national avant d’hurler au communautarisme et au repli sur soi quand ils finissent par se regrouper entre exclus ? La première mission des coupables, c’est d’inverser la culpabilité et de faire porter à ceux sur lesquels on exerce des violences, la responsabilité de ces dernières.

Depuis la boulangerie qui affiche la caricature du prophète, assurant que “tout est pardonné” jusqu’à cette féministe qui vous accuse de vouloir annihiler son “mode de vie terrass, mini-jupe et saucisson” (seul chemin viable vers la libération) en passant par ces dirigeants, pourtant élus, qui exigent que vous enleviez tout ce qui est vous, que vous vous fassiez plus blanc que blanc, plus gaulois qu’un souchien, avant d’avoir le droit d’utiliser des services destinés à tous, on se sent coupable d’être rejeté, exclus, stigmatisé, haï, condamné, proscrit, relégué. Dès cet instant, le terrorisme commence son travail de sape, la voie est alors tracée pour tout ce qui arrivera ensuite.

Pierre Bergé, merci de nous foutre la paix

On a le Seum contre Pierre Bergé qui veut libérer les femmes. 

TW : TCA, anorexie, illustrations (photos de mode) 

Dans une interview donnée sur Europe 1, Pierre Bergé, chef d’entreprise et actuel président de la Fondation pierre Bergé – Yves Saint Laurent, s’est dit « scandalisé » par la récente ouverture d’une collection de vêtements destinée aux femmes voilées, et commercialisée par de grands groupes de l’industrie du prêt à porter de luxe (Dolce & Gabbana).

« Je suis scandalisé, moi qui ai été pendant 40 ans aux côtés d’Yves Saint-Laurent, j’ai toujours cru qu’un créateur de mode était là pour embellir les femmes, pour leur donner la liberté »

Merci Pierre, mais les femmes n’ont pas besoin qu’un homme leur « donne » leur liberté : on la prendra nous-mêmes. Admirons au passage l’étonnante rhétorique infantilisante de M. Bergé, plutôt paradoxale pour quelqu’un qui prétend défendre l’indépendance et l’autonomie des femmes. Quant à cette touchante volonté de nous « embellir » (serions-nous laides de nature ?), on la lui laissera aussi, attendu que le moindre des produits commercialisés par YSL est à peu près inabordable pour l’écrasante majorité des femmes de ce pays – mais on avait bien compris que la « liberté » ne concernait que les femmes riches. 

Poursuivant son invective, Pierre Bergé dit refuser d’« être le complice de cette dictature imposée qui fait que l’on cache les femmes ». Passons sur le cliché mille fois ressassé de la femme voilée qui se « cache », pur sujet passif, victime d’injonctions – idée reçue en grande partie contredite par la parole des femmes musulmanes et voilées elles-mêmes, on te conseille de lire de livre de Faïza Zerouala, Des voix derrière le voile, Pierre.

En effet, en Europe, en France, de nombreuses femmes ont honte de leur corps, à tel point que devoir le montrer est pour elle une souffrance. Elles subissent ici les conséquences d’une norme esthétique ayant consacré la femme blanche, cisgenre, mince, valide et grande comme critère de beauté de référence, modèle vers lequel il leur est implicitement demandé de tendre pour être socialement acceptée en tant que femme. Les récentes campagnes de publicité du groupe Yves Saint Laurent en disent long sur le type physique promu par la marque :

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Il y a tout juste trois semaines, M. Bergé inaugurait et assistait à un défilé Yves Saint Laurent à l’hôtel de Sénecterre, dans le VIe arrondissement de Paris. L’esprit de la collection, conçue par Hedi Slimane, se voulait résolument « rock » ; à la découverte des photographies, on est cependant moins frappé par l’audace des tenues que par l’extrême maigreur et pâleur des mannequins. Pierre Bergé, lui, n’a pas cru bon de s’en inquiéter sur Europe 1, sans doute trop occupé à vouloir libérer les pauvres femmes musulmanes opprimées – question de priorité, quoi.

Etonnant qu’un chef d’entreprise si inquiet du sort des femmes n’ait apparemment aucun scrupule à faire travailler des jeunes femmes dans un état de santé désastreux, participant à la glamourisation dangereuse de l’anorexie dont on connaît les conséquences pour des millions de jeunes femmes à travers le monde. Cette maladie psychiatrique, qui reste la plus mortelle en France, touche des femmes à 94-97%, selon les statistiques ; environ 10% des malades en décèdent, dont de nombreux mannequins mourant d’épuisement au sein des grands groupes qui les exploitent.

La maison Saint Laurent n’en est pas à son premier scandale en la matière. L’année passée, en 2015, une publicité pour la marque, diffusée dans le magazine Elle UK, fut retirée et interdite, car jugée « irresponsable » par les instances compétentes. 

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On y voit une jeune femme à la maigreur extrême, allongée sur le sol dans un état manifeste d’épuisement. Dans un communiqué, le groupe Saint Laurent s’est contenté d’indiquer « être en désaccord avec la vision des plaignants sur le fait que le mannequin était maladivement maigre ». Ben oui, on interprète tout mal.

La marque Yves Saint Laurent, filiale du groupe Loréal, est également connue pour ses crèmes éclaircissantes, consacrant le teint blanc comme couleur universelle de la beauté. Ce type de produit continue aujourd’hui encore à alimenter les complexes de nombreuses femmes non-blanches à travers le monde, qui sacrifient parfois leur santé en utilisant de dangereux produits pour blanchir et éclaircir leurs peaux.

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(Explore ta blancheur !!)

C’est donc le même Pierre Bergé qui, un an après et toujours sur Europe 1, vient donc nous expliquer, en parlant des femmes, qu’ « il faut leur apprendre à se dévêtir et à se libérer » (oui parce qu’on est un peu cons donc il faut vraiment tout nous apprendre, si vous avez suivi).

Merci donc Pierre Bergé de nous « libérer » chaque jour en exploitant des femmes malades jusqu’à l’épuisement, en participant à rendre l’anorexie glamour, en vendant des produits dangereux pour notre santé à travers le monde ❤

« Les convictions doivent passer avant l’argent », assène-t-il pour finir. On constatera pour notre part que Pierre Bergé ne mourra pas étouffé par ses contradictions. Les boutiques YSL se multiplient au Qatar, aux Emirats Arabes Unis ou en Arabie Saoudite ; il y a deux ans, le groupe se félicitait de son expansion au Moyen-Orient, les femmes musulmanes ne posant manifestement plus problème lorsqu’il s’agit de faire grossir le portefeuille de M. Bergé (voir :http://www.fashionunited.fr/fashion-news/fashion/saint-laurent-cr%C3%A9e-une-joint-venture-avec-al-tayer-insignia-2013032912976) On appréciera par ailleurs la hauteur de ses « convictions » féministes et de son « refus d’être complice » de l’oppression des femmes, qu’il n’hésite pas à monnayer au prix de notre santé morale et physique.

Maître Rossignol, sur un arbre perché…

…Tenait en son bec des propos d’une violence rarement aussi explicite, mais finalement tellement ordinaire.

Après un faux départ pour cause d’intitulé foireux, la Ministre des familles de l’enfance et des droits des femmes , Laurence Rossignol est réapparue le 30 Mars sur RMC. Cette fois c’était le vrai départ, le bon. Avec les éléments de langages préparés (et oui) , les cibles dans le viseur et le menton levé. Dans un pays où la situation physique, morale et financière des femmes reste particulièrement précaire c’est en toute logique que Jean Jacques Bourdin choisit d’emmener son invitée sur la question on ne peut plus urgente de « la mode islamique ». On avait bien grillé que les hipsters suivaient de plus en plus les recommandations de la sunna mais pas au point que ca en devienne une priorité nationale.

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On a le seum contre ce que vivent nos enfants (8 mars – part. 3)

On a le Seum contre ce que vivent nos enfants, le Seum de nous battre contre tout ce qui les menace, les brutalise, les diminue, les humilie, les blesse.

La parentalité c’est la fonction d’être parent dans ses aspects juridiques, politiques, socio-économiques, culturels et institutionnels. Bien sur, c’est théorique, mais au quotidien, ça veut dire quoi ? Nous sommes des mères et en cela responsables et tenues responsables de la santé physique, psychologique de nos enfants, de leur survie, de leur bien-être, de leur avenir, d’eux et d’elles, avec nos petits bras.

Parce qu’en tant que parent d’un.e enfant racisé.e, on se retrouve confrontés à un questionnement majeur : Comment éviter qu’il ne souffre des discriminations dont nous-mêmes avons fait l’objet (et dont nos parents ont fait l’objet)?

La réponse, aussi fataliste qu’elle puisse paraître, se veut pourtant réaliste : on ne pourra pas. En tous cas pas sans lutter, pour nos mômes, pour ceux des autres, pour nous. Parce que la société française est – aujourd’hui comme hier – ce qu’elle est : raciste, sexiste, homophobe, salement universaliste (dans le sens où tout ce qui lui ressemble est bon contrairement à ce qui en diffère) et j’en passe. Et on ne peut pas dire que les structures qui sont censées lutter contre les différentes dominations que l’État opère nous soient d’une grande utilité, ce serait même l’inverse. On ne peut pas dire non plus que le racisme, le sexisme, l’homophobie ne soient uniquement produits par l’État, ce serait tout aussi incomplet.

Revenons à notre condition de mère racisée, dans un pays raciste.

Dès lors que l’on sait cela, on doit s’armer et trouver des stratégies. On doit endosser un de nos costumes de SUPER-MAMAN et ne rien laisser passer. Que ce soit à la maison, à l’école, au cinéma, au foot, au parc, à la piscine, au poney ou dans les livres d’histoire. Très tôt, nous avons la difficile tâche d’expliquer à nos enfants les notions « de rejet, d’injustice i » et de discrimination. Très rapidement, nous devons leur dire qu’ils devront faire plus d’efforts que d’autres pour arriver au même niveau, qu’ils ne pourront pas se contenter d’être moyens, que c’est injuste, mais c’est le monde dans lequel on vit, en gros leur expliquer qu’ils ne sont pas blancs. Un des privilèges des parents d’enfants non-racisés réside dans le fait qu’ils ont la chance, la liberté, la possibilité de ne pas faire ce travail. De ne pas devoir expliquer l’injustice, la cruauté, les rapports de domination, les oppressions et de leur nécessaire articulation. De ne pas avoir à mettre de mots sur le racisme que subit un enfant de 6 ans ; En revanche, pour nous, c’est une nécessité, pour l’équilibre, la bonne santé mentale et surtout l’avenir de nos enfants. Il est important de leur parler. Si nous ne le faisons pas, l’environnement sociétal dans lequel nous évoluons le fera pour nous. (Deux excellents livres peuvent vous aider à aborder le sujet avec les enfants : Maman noire et invisible de Diariatou Kebe et Comment parler du racisme aux enfants ? de Rokhaya Diallo)

Parmi les institutions et les structures sociales qui produisent ces effets sur nos enfants, l’école publique de la République, avec sur son fronton les mots « Liberté, Égalité, Fraternité » (lol), est une des premières qui doit requérir notre attention. C’est le « premier lieu d’interaction de racisme entre le personnel enseignant et les élèves »ii d’après Many Chroniques, professeure d’Histoire-Géographie en banlieue parisienneiii. Le système de notation, les orientations vers les filières professionnelles iv ainsi que l’absentéisme des professeurs (plus important dans certaines zones prioritaires v ) sont autant de problématiques que nos enfants doivent gérer.

L’école, de par ses enseignements universalistes, est également l’institution qui va enseigner la haine de soi à nos mômes :

L’école de la république est en théorie la même pour tou.t.es, elle est censée donner les mêmes chances de réussite à tous les élèves mais ne reçoivent malheureusement pas la même qualité d’enseignement en fonction de leurs lieux de vie. Les clichés racistes impactent les enfants dans leurs vie scolaire : on sera plus durs avec eux sur les questions disciplinaires, les comportements et préjugés racistes peuvent également se traduire par des attentes peu élevées pour certains élèves, on les accusera de ne pas avoir fait leurs devoirs seuls…

Il est à la fois crucial et injuste de travailler avec nos enfants, auprès d’eux, sur la question de la représentation positive, car le fait est que les enfants intègrent très tôt les stéréotypes. Quelles conséquences ont ces derniers sur nos enfants ? A minima, celles-ci les contraignent à se comporter comme attendu d’eux, à se dévaloriser, et à intégrer la haine d’eux-mêmes.

Par ailleurs, les programmes scolaires n’abordent que très succinctement l’esclavage et la colonisation (ou alors sous l’angle « positif », la construction de routes et d’écoles), ce qui contribue à effacer des mémoires qui sont pourtant primordiales pour la compréhension du monde tel qu’il est actuellement.

La représentation positive est absolument nécessaire, même si les non-blancs n’existent quasiment pas dans l’espace médiatique, culturel, ou politique, ils existent forcément dans votre entourage (proches, famille, amis). Nos enfants sont l’avenir, aidons-les à se construire, à croire en leurs potentiels et à devenir des adultes conscients et épanouis.

CS

iv CEREQ, Enquête génération : premiers pas dans la vie active de la génération 2010, 2013, en ligne, URL, http://www.cereq.fr/index.php/actualites/Quand-l-Ecole-est-finie.-Premiers-pas-dans-la-vie-active consulté le 10 mars 2016, pages 7 et 18

v Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, « les congés de maladie ordinaires des enseignants du secteur public », février 2015, en ligne, URL http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/20/6/DEPP-NI-2015-07-conges-maladie-ordinaire-enseignants-secteur-public_396206.pdf, consulté le 10 mars 2016

Corps noir : la chair à canon du white gaze « artistique » par Mrs Roots

Mrs Roots, activiste de la mouvance afroféministe, analyse le white gaze artistique porté sur les corps noirs mis en scène. Brillant. A lire absolument.

Corps noir: la chair à canon du white gaze »artistique »