Le SEUM des racisé-e-s

Nous, Noir-e-s, Juif-ve-s, Arabes, Musulman-e-s ou assimilé-e-s, sommes le Seum des racisé-e-s. Le Seum est le venin qui s’infiltre dans notre quotidien, celui du racisme qui nous essentialise, nous instrumentalise, nous silencie, nous objectifie, nous divise. Insidieux, si “ordinaire” que vous refusez de le voir quand on l’agite sous votre nez, le racisme est structurel. Nous ne nous plaçons pas sur le terrain de la morale, mais sur celui de la politique.

Les uns pour les autres, nous sommes des allié-e-s objectifs pour lutter contre le racisme. Nous estimons que la négrophobie, l’islamophobie, l’antisémitisme en sont des avatars, et nous les affrontons ensemble. Ensemble contre ceux qui cherchent à nous monter les uns contre les autres, car nous luttons contre un oppresseur commun. Nous refusons la division de nos forces qui ne fait qu’alimenter la domination du pouvoir blanc.

De notre enfance aux vieux travailleurs immigrés des foyers, nos pères, nos mères, nos oncles et tantes déplacé-e-s, de gré ou de force, nous ne pouvons que constater que vous continuez à véhiculer une image de nous que nous ne maîtrisons pas, qui n’est pas notre réalité, mais qui vous sert de fondement pour nous qualifier d’inaptes à vivre dans votre monde, de l’école jusqu’à l’âge adulte, pour mieux nous refuser vos logements, vos droits, vos emplois qualifiés. Votre haine s’insinue jusque dans notre intimité dans laquelle vous jugez nos corps, au mieux d’exotiques, au pire de références à la laideur et l’animalité brute.

Nos parents nettoient ce pays qu’ils ont construit, prennent soin de vos personnes âgées, désinfectent vos bureaux la nuit, épilent vos corps, gardent vos enfants. Nos grands-parents et leurs parents se sont battus pour lui, ont échappé aux rafles de sa police, ont été enfermés puis déportés par lui, ont été déchus de leur nationalité, bref, la France, hier ou aujourd’hui, a nié leur appartenance à la communauté nationale, et à l’Humanité. Nous portons la trace de ces souffrances, de nos histoires familiales brisées par les cris ou le silence.

Vous avez tenté, parfois avec succès, de nous inculquer la haine de nous-mêmes, vous nous refusez notre autonomie. Vous vous octroyez le droit de définir et extraire de notre condition celles et ceux que vous jugez utiles, pour mieux les assimiler et les utiliser contre nous. Vous pensez pouvoir nous imposer vos valeurs soi-disant universelles sans vous rendre compte du poids de l’histoire coloniale, impérialiste, raciste qu’elles portent. Et c’est au nom de ces mêmes valeurs que vous nous reléguez au rang de pas assez civilisé-e-s, tout juste bons à prendre exemple sur vous pour nous élever. Nous devrions nous conformer à votre définition d’un humanisme modelé sur vous, par vous, pour vous. Vous avez pillé les richesses matérielles et culturelles de nos pays colonisés dans la violence et vous tentez aujourd’hui d’effacer au mieux nos mémoires. Vous nous stigmatisez, effacez toute trace de nos représentations, et nous reléguez systématiquement au rang d’Autre sans jamais vous regarder en face.

Nous sommes de tous bords mais du même côté.

Nous sommes le Seum des racisé-e-s, nous ne sommes pas votre Pote et vous ne parlerez plus à notre place.

J’suis pas le bienvenu mais j’suis là,
Reprends c’qu’on m’a enlevé, j’suis venu manger et chier là