Pierre Bergé, merci de nous foutre la paix

On a le Seum contre Pierre Bergé qui veut libérer les femmes. 

TW : TCA, anorexie, illustrations (photos de mode) 

Dans une interview donnée sur Europe 1, Pierre Bergé, chef d’entreprise et actuel président de la Fondation pierre Bergé – Yves Saint Laurent, s’est dit « scandalisé » par la récente ouverture d’une collection de vêtements destinée aux femmes voilées, et commercialisée par de grands groupes de l’industrie du prêt à porter de luxe (Dolce & Gabbana).

« Je suis scandalisé, moi qui ai été pendant 40 ans aux côtés d’Yves Saint-Laurent, j’ai toujours cru qu’un créateur de mode était là pour embellir les femmes, pour leur donner la liberté »

Merci Pierre, mais les femmes n’ont pas besoin qu’un homme leur « donne » leur liberté : on la prendra nous-mêmes. Admirons au passage l’étonnante rhétorique infantilisante de M. Bergé, plutôt paradoxale pour quelqu’un qui prétend défendre l’indépendance et l’autonomie des femmes. Quant à cette touchante volonté de nous « embellir » (serions-nous laides de nature ?), on la lui laissera aussi, attendu que le moindre des produits commercialisés par YSL est à peu près inabordable pour l’écrasante majorité des femmes de ce pays – mais on avait bien compris que la « liberté » ne concernait que les femmes riches. 

Poursuivant son invective, Pierre Bergé dit refuser d’« être le complice de cette dictature imposée qui fait que l’on cache les femmes ». Passons sur le cliché mille fois ressassé de la femme voilée qui se « cache », pur sujet passif, victime d’injonctions – idée reçue en grande partie contredite par la parole des femmes musulmanes et voilées elles-mêmes, on te conseille de lire de livre de Faïza Zerouala, Des voix derrière le voile, Pierre.

En effet, en Europe, en France, de nombreuses femmes ont honte de leur corps, à tel point que devoir le montrer est pour elle une souffrance. Elles subissent ici les conséquences d’une norme esthétique ayant consacré la femme blanche, cisgenre, mince, valide et grande comme critère de beauté de référence, modèle vers lequel il leur est implicitement demandé de tendre pour être socialement acceptée en tant que femme. Les récentes campagnes de publicité du groupe Yves Saint Laurent en disent long sur le type physique promu par la marque :

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Il y a tout juste trois semaines, M. Bergé inaugurait et assistait à un défilé Yves Saint Laurent à l’hôtel de Sénecterre, dans le VIe arrondissement de Paris. L’esprit de la collection, conçue par Hedi Slimane, se voulait résolument « rock » ; à la découverte des photographies, on est cependant moins frappé par l’audace des tenues que par l’extrême maigreur et pâleur des mannequins. Pierre Bergé, lui, n’a pas cru bon de s’en inquiéter sur Europe 1, sans doute trop occupé à vouloir libérer les pauvres femmes musulmanes opprimées – question de priorité, quoi.

Etonnant qu’un chef d’entreprise si inquiet du sort des femmes n’ait apparemment aucun scrupule à faire travailler des jeunes femmes dans un état de santé désastreux, participant à la glamourisation dangereuse de l’anorexie dont on connaît les conséquences pour des millions de jeunes femmes à travers le monde. Cette maladie psychiatrique, qui reste la plus mortelle en France, touche des femmes à 94-97%, selon les statistiques ; environ 10% des malades en décèdent, dont de nombreux mannequins mourant d’épuisement au sein des grands groupes qui les exploitent.

La maison Saint Laurent n’en est pas à son premier scandale en la matière. L’année passée, en 2015, une publicité pour la marque, diffusée dans le magazine Elle UK, fut retirée et interdite, car jugée « irresponsable » par les instances compétentes. 

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On y voit une jeune femme à la maigreur extrême, allongée sur le sol dans un état manifeste d’épuisement. Dans un communiqué, le groupe Saint Laurent s’est contenté d’indiquer « être en désaccord avec la vision des plaignants sur le fait que le mannequin était maladivement maigre ». Ben oui, on interprète tout mal.

La marque Yves Saint Laurent, filiale du groupe Loréal, est également connue pour ses crèmes éclaircissantes, consacrant le teint blanc comme couleur universelle de la beauté. Ce type de produit continue aujourd’hui encore à alimenter les complexes de nombreuses femmes non-blanches à travers le monde, qui sacrifient parfois leur santé en utilisant de dangereux produits pour blanchir et éclaircir leurs peaux.

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(Explore ta blancheur !!)

C’est donc le même Pierre Bergé qui, un an après et toujours sur Europe 1, vient donc nous expliquer, en parlant des femmes, qu’ « il faut leur apprendre à se dévêtir et à se libérer » (oui parce qu’on est un peu cons donc il faut vraiment tout nous apprendre, si vous avez suivi).

Merci donc Pierre Bergé de nous « libérer » chaque jour en exploitant des femmes malades jusqu’à l’épuisement, en participant à rendre l’anorexie glamour, en vendant des produits dangereux pour notre santé à travers le monde ❤

« Les convictions doivent passer avant l’argent », assène-t-il pour finir. On constatera pour notre part que Pierre Bergé ne mourra pas étouffé par ses contradictions. Les boutiques YSL se multiplient au Qatar, aux Emirats Arabes Unis ou en Arabie Saoudite ; il y a deux ans, le groupe se félicitait de son expansion au Moyen-Orient, les femmes musulmanes ne posant manifestement plus problème lorsqu’il s’agit de faire grossir le portefeuille de M. Bergé (voir :http://www.fashionunited.fr/fashion-news/fashion/saint-laurent-cr%C3%A9e-une-joint-venture-avec-al-tayer-insignia-2013032912976) On appréciera par ailleurs la hauteur de ses « convictions » féministes et de son « refus d’être complice » de l’oppression des femmes, qu’il n’hésite pas à monnayer au prix de notre santé morale et physique.

Maître Rossignol, sur un arbre perché…

…Tenait en son bec des propos d’une violence rarement aussi explicite, mais finalement tellement ordinaire.

Après un faux départ pour cause d’intitulé foireux, la Ministre des familles de l’enfance et des droits des femmes , Laurence Rossignol est réapparue le 30 Mars sur RMC. Cette fois c’était le vrai départ, le bon. Avec les éléments de langages préparés (et oui) , les cibles dans le viseur et le menton levé. Dans un pays où la situation physique, morale et financière des femmes reste particulièrement précaire c’est en toute logique que Jean Jacques Bourdin choisit d’emmener son invitée sur la question on ne peut plus urgente de « la mode islamique ». On avait bien grillé que les hipsters suivaient de plus en plus les recommandations de la sunna mais pas au point que ca en devienne une priorité nationale.

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On a le seum contre les mecs qui mettent du rouge : le viol (8 mars part. 6)

Attention : cet article contient des descriptions graphiques de viols.

On a le seum contre les mecs qui mettent du rouge pour la journée des droits des femmes alors qu’une femme sur dix sera violée au cours de sa vie.

Du rouge, nous, on évite d’en porter. Faudrait faire gaffe à pas attirer l’attention, que ce soit dans l’espace public et surtout, surtout, l’espace privé. Le rouge, ça fait salope. Déjà qu’on nous répète à longueur de journée que les victimes de viol l’ont bien cherché, qu’elles étaient alcoolisées ou qu’elles se mettaient en danger par leur tenue ou leur comportement, autant vous dire qu’on fait super gaffe, pour notre sécurité face à vous, de ne pas être trop voyantes. On doit se méfier des mecs dehors, c’est vrai. Mais surtout de ceux de nos cercles : nos amis, nos collègues, nos voisins et nos conjoints. De vous, en fait.

Quand on parle des violences sexuelles faites aux femmes, et des crimes de viol ou tentatives de viol notamment, la représentation collective – bien pratique – a tendance à imaginer une ruelle sombre, une jeune fille un peu pompette en jupe courte, rentrant seule le soir. Ce sens commun permet ainsi aux hommes dans leur ensemble de s’auto-affirmer non violeurs, voire même de pavoiser sur les réseaux sociaux avec des pseudos comme « potentiel violeur », (pour n’en citer qu’un) histoire de décrédibiliser ce combat féministe. Tant qu’on pense au violeur comme un inconnu pervers dans la rue, armé et doué d’une force physique surhumaine, cela permet aux autres hommes de ne pas s’y identifier. D’où les cris d’orfraie quand on explique que 90% des victimes de viol ont été agressées par une personne de leur entourage. Ça laisse un petit 10% aux inconnus dans la rue, qui existent réellement mais pas dans les proportions que le sens commun imagine.

Comment comprendre cette donnée ? 90% des victimes de viol ou tentative connaissent leur agresseur. En 2014, 223 000 femmes en couple ont déclaré avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Une femme en couple sur cent. Et il ne s’agit là que des faits reportés aux autorités, soit à peu près 14% du total des plaintes déposables. Parmi ces victimes, les ¾ déclarent subir des violences à la fois physiques et sexuelles, 15% des violences sexuelles uniquement, le reste des violences physiques exclusivement. Parmi ces 223 000 femmes victimes, 70% déclarent que ces violences se sont répétées dans le temps. Quatre femmes victimes sur dix ont peur que ces violences ne se reproduisent. Au vu des chiffres, on les comprend.

Parmi elles donc, chaque année, 84 000 femmes de 18 à 75 ans, déclarent aux autorités être victimes de violences sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint. Par ce terme, on entend tous les actes visant à faire subir des attouchements et/ou des rapports sexuels non désirés, utilisant la menace, la contrainte, la surprise ou la violence. Etant donné que seuls 10% des viols (conjugaux ou non) donnent lieu à un dépôt de plainte, on estime que 200 femmes sont violées en France par jour, soit une victime de viol toutes les 7 minutes. On ne peut pas dire que ça fasse la une du 20 heures pour autant.

Le couple hétérosexuel nous tue : les femmes représentent 81% des victimes d’homicides ou sein des couples, officiels ou non. 134 femmes ont été tuées par leur conjoint, dans le cadre de violences conjugales en 2014, contre 29 hommes. Une tous les 2.7 jours. En silence ou presque. Par extension et puisque les femmes ont généralement la charge des enfants, 1% des enfants vivant en famille en 2014 avait été témoin de violences conjugales. 35 enfants en sont morts l’année dernière, victimes collatérales d’un phénomène social qui semble tout juste bon à être ressorti pour le 8 mars.

Le Seum des meufs ne connait que trop bien les réactions des hommes à ce type de données : #NotAllMen, on n’est pas des violeurs, c’est pas parce que 96% des auteurs de viol sont des hommes que nous sommes tous des violeurs, blabla.

Tous les hommes ne sont pas des violeurs. En revanche, quasi-tous les violeurs sont des hommes. Que cela vous mette mal à l’aise ou non, que vous vous sentiez agressés par ce fait ou pas, c’est la réalité statistique. Leurs victimes sont des femmes, dans 91% des cas, et des mineur(e)s dans 57% des situations.

Est-ce que vous avez déjà violé une fille ?

Une copine avec qui vous avez flirté en soirée, qui vous a ramené chez elle et a fini la tête dans la bassine mais avec qui vous avez couché quand même ? Votre petite amie, qui ce soir-là, n’avait pas envie de faire l’amour avec vous, mais que, à force de reproches et de bouderies, de pressions, vous avez finalement persuadée d’avoir un rapport sexuel vite fait ? Une fille que vous avez « réveillée » gentiment (lol) ou que vous avez pelotée alors qu’elle dormait/comatait/cuvait ? Une fille que vous considériez comme vous devant du sexe, étant qu’elle vous avait embrassé/léché l’oreille/frotté ou parce que vous avez payé le resto ? Votre meuf tétanisée, que vous déshabillez quand même, parce que vous avez couché ensemble hier et que vous coucherez ensemble demain, et qu’il est donc unilatéralement admis qu’elle passera à la casserole ce soir ? Une partenaire à qui, pendant un rapport, vous avez infligé cette pratique, celle à laquelle elle n’avait pas pourtant dit oui ? Votre copine ensommeillée, que vous avez réveillée avec votre érection matinale, et empêchée de se rendormir jusqu’à ce qu’elle écarte les jambes, de guerre lasse ? Cette amie, manifestement ivre, dont vous avez profité entre deux vomis ? Votre compagne, que vous avez bassinée avec le « devoir conjugal » ou menacée d’aller « voir ailleurs » si elle n’accédait pas à vos demandes ? Cette pote à qui vous avez mis un doigt, puisqu’elle avait accepté de vous laisser une place dans son lit pour la nuit ? Cette femme que vous culpabilisez jusqu’aux larmes au lieu d’aller vous branler ? Celle dont vous vous plaignez, devant vos potes, de ne pas vous satisfaire autant que nécessaire ? Toutes ces fois où votre comportement était inacceptable, et où vous vous êtes convaincu que votre envie de sexe était incontrôlable, impossible à maitriser, un tigre, un torrent, un feu de forêt, ou autre métaphore de merde de la nature.

Si vous vous reconnaissez dans une de ces situations (liste non exhaustive), vous êtes un violeur. Vous n’êtes pas celui qui vient attaquer les meufs, main armée, dans une rue peu animée : vous êtes le conjoint ou l’ami (re-lol) qui force, qui insiste, qui boude, qui menace, qui prend par surprise ou par culpabilité, jusqu’à obtenir un rapport sexuel manifestement non consenti. Vous êtes un violeur si vous avez déjà obtenu du sexe par la menace, la contrainte, la surprise. Vous êtes un violeur.

Alors que 10% des femmes seront violées au cours de leur vie, vous mettez du rouge à lèvres et vous faites le buzz pour la journée internationale des droits des femmes. Vous nous violez, nous agressez, nous tuez mais vous faites les malins une fois par an, en niant votre responsabilité dans les violences que l’on subit chaque jour, parce que femmes.

Ha et bien sur, vous ne prenez pas nos plaintes. Ou dans tous les cas, vous nous demanderez, lors du dépôt de plainte, si on en portait, du rouge. Et comment on était habillées. Et si on avait bu. Et si.

On a le seum contre vous. Méfiez-vous.

Bibliographie :

Observatoire National des Violences faites aux Femmes, « la lettre de l’ONVEF : les principales données », 2015, en ligne, URL http://stop-violences-femmes.gouv.fr/IMG/pdf/Lettre_ONVF_8_-_Violences_faites_aux_femmes_principales_donnees_-_nov15.pdf

Pour aller plus loin, l’excellent site Résonantes : http://www.resonantes.fr/accueil.html

On a le seum contre les maltraitances gynécologiques. (8 mars part. 5)

Dans le seum des meufs, on est toutes cis pour l’instant. Notre mot d’ordre étant de ne pas « parler à la place de », on traitera donc ici spécifiquement de maltraitances médicales vécues par les femmes cis. N’hésitez pas à nous suggérer des modifications, ou des ressources et témoignages de maltraitances médicales vécues par des personnes trans (et surtout, à nous rejoindre !).

Toutes les femmes n’ont pas d’utérus, et tous les gens avec des utérus ne sont pas des femmes. Cependant, dans nos sociétés, le contrôle des utérus relève du contrôle du corps la femme, et non d’une « utérophobie » aveugle aux genres. Nous pensons que c’est un sujet politique, et féministe ; et qu’à ce titre, il concerne certes tous les gens ayant recours à un gynécologue, mais aussi toutes les femmes, qu’elles aient ou non un utérus, qu’elles soient ou non en mesure de porter des enfants.

En novembre 2014, des milliers de personnes témoignent sur Twitter des maltraitances gynécologiques qu’elles subissent avec le mot-clef #PayeTonUtérus. Dans le même temps un blog (gyn&co) est créé pour recenser tous les noms, adresses et coordonnées des praticiens compétents et humains qui exercent dans le respect des droits de leurs patientes.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Une quantité effarante de témoignages est toujours publiée régulièrement. Qu’ils concernent des remarques ou des questions humiliantes, objectivantes, déplacées, qui vont à l’encontre de notre légitimité à vivre la sexualité de notre choix, sans jugement, sans injonction, sans mépris.

On a le seum contre les praticien.nes abusif.ves.
Les gynécologues se permettent de confronter leurs patientes à leurs convictions et leurs choix à tout moment de la consultation, de l’IVG de l’accouchement. Ils n’ont aucun problème avec la prescription de la pilule, qui est en général accordée sans bilan sanguin préliminaire et donc sans prévention des risques. Si ce moyen de contraception convient à certaines femmes, ce n’est pas le cas de toutes, notamment pour celles qui ne supportent pas la prise d’hormones.

La plupart des jeunes femmes qui commencent leur vie sexuelle exigent le droit de pouvoir choisir pleinement leur contraception et de ne plus avoir à justifier leur choix au point que cela devienne un interrogatoire ou un réquisitoire sur leur mode de vie, sur leurs choix sexuels.

Combien de remarques humiliantes ont-elles subi concernant leur sexualité, leur mode de vie, leurs habitudes alimentaires ?
Combien de maltraitances, parfois infimes, parfois accablantes, et très souvent traumatisantes, ont-elles vécu sans broncher pendant une consultation, un IVG, un accouchement ?

Pendant combien de temps encore vont-elles supporter la misogynie, la grossophobie, l’homophobie, les paroles humiliantes ?
Jusqu’à quand encore vont-elles espérer se confier à une personne respectueuse de leurs droits, de leurs attentes, de leurs désirs ?

Combien de fois encore vont-elles être mal à l’aise, gênées ou honteuses à l’idée de poser une question qui concerne pourtant leur bien-être – leur vie, et pas celle de leur praticien.ne ?

On a le seum contre les gynécologues qui refusent la stérilisation aux femmes qui ne veulent pas d’enfants, au prétexte qu’elles seraient encore trop jeunes, trop célibataires, trop capricieuses, trop immatures, pas assez réfléchies, pas assez « femmes ».
On a le seum contre les gynécologues qui font du temps d’une consultation un moment difficile et dérangeant avec des injonctions à « être » en fonction de notre âge, de notre poids, de notre avancée supposée dans la vie sexuelle, de nos aspirations, de nos désirs, qu’on se retrouve de toute façon obligé de mettre à nue.

On a le seum contre l’injonction à une vie sexuelle stable pour la pose d’un stérilet.
On a le seum contre les saloperies qu’on ingère avec cette foutue pilule.
On a le seum contre les souffrances par lesquelles on passe pour accéder à la contraception de notre choix.
On a le seum contre les praticien.ne.s qui ne respectent ni notre corps ni notre rapport à ce corps.
On a le seum contre la violence des échographies endovaginales.
On a le seum contre l’injonction écœurante à vivre une vie sexuelle de femme épanouie via la pénétration, et c’est tout.
On a le seum contre l’épisiotomie que des femmes nouvellement mères subissent encore dans l’impunité la plus ahurissante.

On a du mal à trouver des praticien.nne.s qui nous conviennent, mais on sait que c’est possible.

On aimerait payer nos frais de consultation sans passer de longues minutes ou de longues heures à se sentir mal.
On aimerait pouvoir faire confiance simplement à la personne qui nous soigne et nous accompagne tout au long de notre vie.
On aimerait pouvoir commencer ou changer de contraception, sans jugement, sans défiance, sans débourser des centaines d’euros.
On aimerait pouvoir faire le choix de ne pas avoir d’enfants sans avoir à faire le parcours du combattant.

On aimerait juste pouvoir choisir.

On a le seum contre les hommes qui portent du rouge à lèvres pour la journée de la femme (sic) : PART 2. La pauvreté

Parce que nous, on n’a pas de quoi en acheter.

Statistiquement, on est juste un peu plus pauvres (14% des femmes sont pauvres) que les hommes (13%) en métropole.

Outremer, c’est pire encore, puisque le taux de pauvreté s’établit à 33% de la population locale contre 14% dans l’hexagone. Finalement, 4,7 millions de femmes vivent sous le seuil de pauvreté et 3,9 millions d’hommes. Deux points d’écart, ça fait quand même 500 000 femmes de plus qui vivent avec moins de 964€, TTC, une fois les aides sociales perçues et les impôts éventuels réglés.

Est-ce que ça aurait un lien avec la précarité salariale des femmes ? Même si on exclut les allocations de survie dites universelles (lol) type RSA ou Allocation adulte Handicapé et qu’on regarde seulement les revenus d’activité (issus du travail ou des cotisations maladie/chômage), 2,2 millions de femmes vivaient sous le seuil de pauvreté. En fait, en 2010, 70% des travailleurs pauvres étaient des femmes. Ce qu’elles percevaient comme revenus du travail ou comme fruits de leurs cotisations, s’élevait à moins de 964€ par mois. Même quand on échappe à la tendance, parce qu’on est privilégiées sur d’autres axes (comme le fait d’être blanche, d’être issue d’une famille favorisée, d’être manifestement hétérosexuelle, valide et cisgenre), on doit de toute façon travailler 59 jours de plus que les hommes si on veut être payées autant qu’eux, toutes choses égales par ailleurs.

Tant qu’à faire, nos emplois, quand on en a, sont de faible qualité. Si l’on sélectionne trois métiers parmi les moins qualifiés et les plus pénibles – tant au niveau santé que conditions d’exercice -, à savoir agent d’entretien, aide à domicile et assistante maternelle, on compte alors 95% de femmes.

Et puis, de toute façon, même quand on ne bosse pas et qu’on est, par exemple, allocataire du RSA, on est encore défavorisées. Là aussi on est surreprésentées : 60% des allocataires du RSA sont des femmes. Quand on sait que le RSA de base c’est 470€ pour une femme célibataire, soit même pas 1/3 du SMIC (pour une aide qui est censée représenter la moitié du salaire minimum), le rouge à lèvres, même si on en veut, c’est impossible.

On est pauvres, notamment parce qu’on dispose d’emplois moins stables, plus fréquemment à temps partiel, moins souvent bien rémunérés. On subit aussi davantage le chômage (du moins jusqu’en 2012), on est trois fois plus nombreuses que les hommes à vouloir travailler plus sans y parvenir. On en crève et ça a des conséquences sur nos trajectoires, jusqu’au bout.

Parce que c’est vrai, on vit plus longtemps, mais dans quelles conditions ? Passés 75 ans, il y a deux fois plus de femmes pauvres que d’hommes. Et parmi les allocataires du minimum vieillesse, là encore on est majoritaires (57%). Nos faibles cotisations retraite (salaire et taux d’activité moins élevés obliges) et notre espérance de vie plus longue nous offrent donc l’opportunité de percevoir le minimum vieillesse (900€ par mois si l’on est seule) et de rester paisiblement pauvre jusqu’à notre mort.

Du coup, du rouge à lèvres, nous, même si on en voulait, on n’a pas de quoi en acheter. Et puis il n’y a pas qu’en France que les femmes sont plus pauvres, c’est un phénomène mondial. C’est à se demander s’il n’y aurait pas un système, appelons-le patriarcal, tiens, qui les maintiendrait dans la pauvreté.

Bibliographie :

INSEE, Taux de pauvreté par âge et par sexe, 2013, en ligne URL http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF04416

Centre d’observation de la société, « En matière de pauvreté, l’INSEE considère que les DOM ne font pas partie de la France », septembre 2015, en ligne, URL http://www.observationsociete.fr/en-mati%C3%A8re-de-pauvret%C3%A9-l%E2%80%99insee-consid%C3%A8re-que-les-dom-ne-font-pas-partie-de-la-france#footnote3_9bqeis5

CESE, Enquête « Femmes et précarité », 2013, en ligne, URL http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Etudes/2013/2013_09_femmes_precarite.pdf

INSEE, taux de chômage par sexe, 2016, en ligne, URL http://www.insee.fr/fr/themes/series-longues.asp?indicateur=taux-chomage-sexe

L’Express, « les femmes ne sont pas égales aux hommes, la preuve en dix chiffres », 2013, en ligne, URL http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-femmes-ne-sont-pas-egales-aux-hommes-la-preuve-en-10-chiffres_1447049.html

On a le seum contre les mecs qui mettent du rouge à lèvres pour la journée de la femme (sic) : PART 1. Les temps sociaux.

 

Parce que nous, on n’a pas le temps d’en mettre.

Si la journée des femmes est composée de moins d’heures de travail salarié (merci le temps partiel, souvent contraint et le taux de chômage des femmes plus élevé) que celle des hommes, quand on parle temps sociaux en général, ça se corse. Les temps sociaux, ce sont les différentes périodes de temps dans une journée : travail salarié, travail domestique, temps de sociabilité, loisirs.

Le temps domestique est constitué des heures que nous passons à travailler gratuitement au domicile. Il s’agit donc des soins aux enfants, des courses, du ménage, du bricolage, de la cuisine, du linge, des soins aux animaux, du jardinage. Vient ensuite le temps de sociabilité hors repas, destiné à nos relations amicales, familiales, de voisinage. Il y a aussi le temps de trajet domicile-travail et enfin, le temps de loisirs (télé, internet, lecture, promenade, sport).

Quand on parle répartition des tâches ménagères, on passe pour des harpies qui n’ont pas de vrais problèmes, comme ces pauvres femmes afghanes, qui elles, ont besoin du féminisme, contrairement à nous. La plupart des hommes estiment ainsi que poser une étagère au mois d’août, planter les géraniums au printemps et laver la voiture le dimanche, est comparable au fait de cuisiner tous les jours, laver/sécher/ranger le linge du foyer, récurer les toilettes, passer l’aspirateur, changer les draps, nourrir les enfants, s’occuper des papiers, préparer les vacances et les activités extra-scolaires des petits, ouvrir le courrier, gérer les comptes, organiser la rentrée, repasser, emmener les petits chez le médecin, aller aux réunions d’école.

Le travail domestique (gratuit, donc) est principalement assuré par les femmes, qu’il y ait des enfants ou pas .En fait, le seul moment où les hommes s’occupent davantage des tâches ménagères c’est…pendant les onze jours du congé paternité, qu’ils sont seulement 10 % à prendre en intégralité. Difficile de croire que le seul fait d’être une meuf nous contraigne à devoir assurer près de 80% du travail domestique. Les hommes effectuent ainsi 2h de travail domestique par jour, contre 3h26 pour les femmes.

Que font-ils de ces deux petites heures de travail domestique par jour ? Des tâches plutôt ostentatoires, valorisantes car valorisées, et durables dans le temps. En effet, les hommes consacrent quatre minutes (!) de plus que les femmes, chaque jour, au jardinage et 15 minutes de plus au bricolage. Tout ça est bien joli, mais ça ne fait vivre personne, de monter des meubles et d’arroser les plantes.

Les femmes en revanche, consacrent deux fois plus de temps que les hommes aux soins aux enfants, qui, comme chacun le sait, ne sont pas assez autonomes pour survivre sans. Elles passent aussi plus de deux fois plus de temps que les hommes (2h35 contre 1h) à faire tourner la baraque : linge, ménage, courses, préparation des repas. Certaines tâches, allez savoir pourquoi, seraient même quasi exclusivement réservées aux femmes : c’est le cas du repassage, par exemple, presque intégralement assurée par la gent féminine. On peut pas pourtant dire qu’un fer à repasser soit plus compliqué à manier qu’un arrosoir.

Bon mais du coup, le féminisme, on y est, nous ! Il y a bien dû y avoir une évolution, non ? Ben non. En dix ans (1999-2010), les hommes consacrent… une minute de plus au travail domestique chaque jour. Certes, les nouvelles technologies ont permis aux femmes de gagner vingt-deux minutes par jour de temps libre. En dix ans. Soit deux minutes en moins par an. Ceci étant, les hommes disposent de 3h20 de temps libre par jour, alors que nous n’avons que 2h45.

Quand c’est la « journée de la femme », qui est en réalité la journée internationale des droits des femmes, appréciez la nuance, des hommes sortent du bois et se griment en femme, histoire de montrer à quel point ils sont favorables à nos droits. Puis rentrent tranquille se démaquiller et mettre les pieds sous une table propre, dans leurs vêtements lavés, avec leurs enfants en bonne santé, autour d’un dîner préparé. La vie.

De nombreuses femmes ont ainsi tendance, alors qu’elles se tapent tout le boulot sans raison valable, à se culpabiliser : pauvre homme, il ne sait pas faire. Comme si ils ne pouvaient pas regarder un tuto youtube pour apprendre à passer la serpillière. Ou alors il sait, mais il fait mal (comme si il fallait sortir de Saint Cyr pour savoir frotter une cuvette de WC) donc il faut repasser derrière lui, donc bon, autant le faire. On a aussi tendance à se dire qu’il vaut mieux faire tout nous-mêmes puisque l’homme n’effectuera aucune tache de son initiative et que donc on va devoir lui demander cent fois – ce qui nous fait sentir comme les dernières des mégères et nous fait perdre du temps et une énergie folle – avant qu’il ne passe à l’action. Ou encore, ils disent directement qu’on aime ça, ranger, nettoyer, prendre tout en charge, faire des doubles journées. Ben voyons. L’amour des tâches domestiques doit être livré à la naissance ?

Une rose à 2€ pour la « journée de la femme » ? Alors qu’on consacre, par an, 1 251 heures au travail domestique, soit 8 mois de travail aux 35h, soit 23 heures par semaine ? Si on était rémunérées au SMIC pour ce travail, on gagnerait environ 10 000€. Le respect est mort.

Rien ne nous condamne à devoir réaliser autant de travail gratuitement. On préférerait avoir du temps pour mettre du rouge, peut-être. Ou autre.


 

En exclu, des conseils du Seum des meufs pour un partage plus équitable en couple hétérosexuel. Il s’agit ici de choses que nous avons testées, selon les circonstances relationnelles, économiques, psychologiques etc. Bien sur, ces conseils n’ont pas vocation à vous faire sentir mal de ne pas vouloir/pouvoir les essayer. Il s’agit d’expériences du Seum des meufs et des résultats obtenus, rien de plus. Toutes vos idées sont attendues ! 

– Verbalisez. Posez clairement les bases de la discussion ; expliquez dans les détails tout ce que vous faites pour le foyer, combien d’heures cela vous mobilise, quelles sont les conséquences sur votre vie, vos projets, votre temps libre.

– Faites des propositions. Ayant réfléchi au préalable à la répartition des tâches dans votre couple, proposez un nouveau mode de fonctionnement « test ». Il peut être plus ou moins formalisé selon votre situation, vous pouvez proposer un planning (certaines tâches sont en individuel – pas besoin d’être deux pour nettoyer des chiottes- et d’autres, collectives (rangement hebdomadaire d’une pièce par exemple). Les tâches individuelles peuvent être réalisées à tour de rôle, Monsieur semaine A, Madame semaine B. Pour les tâches collectives, donnez-vous rendez-vous : le samedi à 13h, on fait la cuisine, à deux il y en a pour 15 minutes. L’idée est d’arriver avec une proposition clé en main, à négocier avec votre conjoint. S’il ne sait pas faire (LOL) et qu’il est incapable d’utiliser un moteur de recherche, le pauvre, envoyez lui des tutos Youtube. Proposez ce fonctionnement sur une durée assez courte dans un premier temps : on essaye un mois et on fait le point.

– S’il le faut (et si économiquement, vous pouvez vous le permettre), allez au clash. Les propos visant à vous attribuer « naturellement » une passion pour le ménage et les courses sont inacceptables. Idem pour l’instinct maternel, réputé vous donner l’amour de changer des culs, d’emmener les mômes se faire vacciner ou de préparer le déguisement d’Halloween. Ces enfants ne sont pas sortis du cul d’une vache : vous les avez faits ensemble et par conséquent, vous devez vous en occuper ensemble. Rien d’hormonal ne vous destine à en être les uniques responsables.

– Éventuellement, amusez-le. Proposez un outil ludique type chorewars, une appli où chacun gagne de l’expérience en fonction des tâches domestiques réalisées. Un peu ridicule de devoir en arriver là, d’être obligées de mettre une carotte, un jeu, pour que monsieur le jeune chien fou consente à laver ses chaussettes seul, mais bon.

– Enfin, faites la grève. Si ce dernier conseil est impossible à appliquer concernant les soins aux enfants, il est valable pour les couples hétéros sans mômes. Cessez toutes les activités ménagères que votre conjoint estime trop dégradantes pour les faire lui-même. Ne cuisinez plus (ou genre des œufs sur le plat), oubliez de faire les courses, ne lavez plus que vos propres vêtements (oups, pardon, j’ai pas fait gaffe, didon), ne jetez plus les poubelles, ne préparez pas les vacances d’amoureux, transformez les toilettes en sanisette façon Gare du Nord, n’ouvrez plus le courrier, nada. Quand votre conjoint vous reprochera (attention, ça vient vite) de ne plus trouver deux chaussettes propres identiques, dites-lui que vous n’aimez pas trop faire la lessive non plus. Ou que vous n’avez pas eu le temps car vous êtes fatiguée par le travail ou la vie. Que, désolée, c’était le soir de la Ligue des Champions, vous le ferez la semaine prochaine. Ou pas. Si cette dernière méthode ne marche pas à tous les coups – c’est souvent là que les gros machos sortent du bois, avec des arguments du cru, genre « mais c’est ton rôle, c’est pas à moi de faire ça » – elle peut tout de même être utile. Soit pour réaliser à quel point votre conjoint vous traite comme une bonniche, soit parce que ça va vous donner plein de temps libre, pour aller à la piscine, voir vos copines, lire dans un parc etc. La situation où ce conseil devient le plus difficile à suivre, c’est quand votre conjoint est dégueulasse et préfère vivre au milieu des détritus et des moucherons, plutôt que de se mettre enfin au boulot. La grève domestique, ça demande pas mal d’énergie.

– Si rien ne marche et que vous n’êtes pas liée à lui pour des raisons de survie économique, posez-vous sincèrement la question : voulez-vous vraiment rester avec un type qui vous fait travailler gratuitement et « naturellement » pour son bien-être à lui ? Avec quelqu’un qui pense que les Femmes sont comme ça ? Que c’est leur travail ? Pendant combien d’années êtes-vous prêtes à laver ses chaussettes silencieusement et dans l’abnégation ? Finalement, vous êtes indépendantes. Vous êtes même mieux que ça : vous êtes autonomes ET avez la ressource pour faire tourner un foyer entier. Qu’est-ce qui vous retient ?

– Enfin et dans tous les cas, opposez-vous au recours à une femme de ménage. Dans femme de ménage, il y a femme. Or il est peu probable que vous souhaitiez exploiter une autre femme pour réaliser ces tâches salissantes et dégradantes, alors que votre mec peut parfaitement le faire : rien dans sa constitution physique ou psychologique ne l’empêche de tenir un balai, faites le test. Le travail domestique est du travail, la preuve, il peut être rémunéré. Proposez, si vous le souhaitez, à votre conjoint de vous rémunérer directement ces heures, si vous êtes volontaire. Ça devrait le calmer.

 

On a le seum contre la loi de 2004.

On a le Seum contre la loi de 2004. En tant que racisé.es, en tant que prof(s), en tant qu’étudiant.es, en tant que parents, en tant que féministes.

Dans un établissement professionnel de la banlieue parisienne, une jeune fille se fait rappeler à l’ordre par la CPE qui l’accuse de crier dans les couloirs. Sofia, 17 ans, rétorque qu’elle n’y est pour rien. La chargée de la vie scolaire l’accuse alors de lui mentir « alors qu’elle porte le voile ».

Le problème ici, c’est que Sofia respecte la loi. Comme des milliers de filles de son âge, elle enlève chaque matin, à l’entrée de l’établissement ce bout de tissu qui met en danger la République et assiste aux cours, respectant ainsi l’injonction contradictoire d’exprimer ses convictions religieuses dans le seul espace privé.

Le problème ici, c’est que nombreux sont les membres des équipes éducatives, soutenus par l’opinion publique, les grands médias, la parole politique et l’arsenal législatif islamophobe, qui expriment sereinement leur haine à l’égard d’une religion accusée de tous les maux et notamment d’avoir l’ambition de délaïciser l’école.

Le problème ici, c’est que c’est l’école qui ramène la religion en son sein. C’est l’école qui, après avoir stigmatisé, exclus et désigné à la vindicte populaire les jeunes filles pratiquantes, les accusent désormais de ne pas être suffisamment croyantes.

Les membre des équipes enseignantes sont-ils théologiens ? Sont-elles légitimes à exiger des comptes aux élèves sur leur pratique religieuse après avoir si vertement combattu les signes qui la manifestaient ? Comment accuser ces adolescentes d’exprimer leurs croyances et tout tenter pour les empêcher de le faire et dans le même mouvement se permettre de juger leur degré de pratique religieuse ? Comment avoir l’audace de sermonner une élève sur ce point en particulier et passer le reste de l’année à se plaindre de la soi-disant inquiétante religiosité des élèves ?

En vérité, Sofia et ses amies, qui se dévoilent pourtant chaque matin, seront toujours trop musulmanes pour l’institution scolaire. Qu’elles abandonnent – symboliquement mais pas seulement- leur liberté d’expression religieuse aux portes du lycée ne suffit pas. Les membres des équipes éducatives, conformément aux valeurs portées par l’institution à laquelle ils appartiennent, trouvent toujours un moyen de reprocher leur religiosité aux lycéennes musulmanes. Vous retirez votre voile ? La loi vous y oblige, c’est normal. Vous mentez ? Vous n’êtes pas une bonne musulmane. Dans tous les cas, on ne veut pas de vous, parce que musulmanes, réelles ou supposées. Vos efforts n’y pourront rien, vous serez toujours prises à parti, insultées, agressées, dévalorisées. Par les membres de cette même institution qui veut vous libérer de force.

Que ces jeunes filles acceptent – douloureusement – l’injustice qui leur est faite par la loi, n’est pas encore assez. Cette forme de privation de liberté d’expression n’est pas une punition assez sévère. A quand des cérémonies du dévoilement au lycée, comme en 58 à Alger ? A quand la création d’un statut d’élève musulman, sorte de sous-citoyen, dont l’on doit toujours se méfier ? A quand l’obligation pour les lycéennes de jurer, une main sur le cœur, l’autre sur un exemplaire de Charlie Hebdo ?

L’islamophobie est un racisme. Elle ne s’arrête pas à la porte des écoles. Elle est au contraire pleinement portée par l’école, qui la diffuse et la produit. L’école ne se bat contre l’islam, qui ne lui a d’ailleurs rien demandé. Elle fait la guerre, concrètement et avec violence, contre des jeunes filles, des ados. L’islam n’est pas qu’une idée, l’islam n’est pas dans les limbes : il est incarné chaque jour par ces jeunes dont c’est le système de valeurs.

On a le Seum contre la loi de 2004. Et depuis nos salles des profs, depuis nos classes, qu’on y soit étudiant ou enseignant, on se bat contre elle et on continuera à le faire.