On a le seum contre les maltraitances gynécologiques. (8 mars part. 5)

Dans le seum des meufs, on est toutes cis pour l’instant. Notre mot d’ordre étant de ne pas « parler à la place de », on traitera donc ici spécifiquement de maltraitances médicales vécues par les femmes cis. N’hésitez pas à nous suggérer des modifications, ou des ressources et témoignages de maltraitances médicales vécues par des personnes trans (et surtout, à nous rejoindre !).

Toutes les femmes n’ont pas d’utérus, et tous les gens avec des utérus ne sont pas des femmes. Cependant, dans nos sociétés, le contrôle des utérus relève du contrôle du corps la femme, et non d’une « utérophobie » aveugle aux genres. Nous pensons que c’est un sujet politique, et féministe ; et qu’à ce titre, il concerne certes tous les gens ayant recours à un gynécologue, mais aussi toutes les femmes, qu’elles aient ou non un utérus, qu’elles soient ou non en mesure de porter des enfants.

En novembre 2014, des milliers de personnes témoignent sur Twitter des maltraitances gynécologiques qu’elles subissent avec le mot-clef #PayeTonUtérus. Dans le même temps un blog (gyn&co) est créé pour recenser tous les noms, adresses et coordonnées des praticiens compétents et humains qui exercent dans le respect des droits de leurs patientes.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Une quantité effarante de témoignages est toujours publiée régulièrement. Qu’ils concernent des remarques ou des questions humiliantes, objectivantes, déplacées, qui vont à l’encontre de notre légitimité à vivre la sexualité de notre choix, sans jugement, sans injonction, sans mépris.

On a le seum contre les praticien.nes abusif.ves.
Les gynécologues se permettent de confronter leurs patientes à leurs convictions et leurs choix à tout moment de la consultation, de l’IVG de l’accouchement. Ils n’ont aucun problème avec la prescription de la pilule, qui est en général accordée sans bilan sanguin préliminaire et donc sans prévention des risques. Si ce moyen de contraception convient à certaines femmes, ce n’est pas le cas de toutes, notamment pour celles qui ne supportent pas la prise d’hormones.

La plupart des jeunes femmes qui commencent leur vie sexuelle exigent le droit de pouvoir choisir pleinement leur contraception et de ne plus avoir à justifier leur choix au point que cela devienne un interrogatoire ou un réquisitoire sur leur mode de vie, sur leurs choix sexuels.

Combien de remarques humiliantes ont-elles subi concernant leur sexualité, leur mode de vie, leurs habitudes alimentaires ?
Combien de maltraitances, parfois infimes, parfois accablantes, et très souvent traumatisantes, ont-elles vécu sans broncher pendant une consultation, un IVG, un accouchement ?

Pendant combien de temps encore vont-elles supporter la misogynie, la grossophobie, l’homophobie, les paroles humiliantes ?
Jusqu’à quand encore vont-elles espérer se confier à une personne respectueuse de leurs droits, de leurs attentes, de leurs désirs ?

Combien de fois encore vont-elles être mal à l’aise, gênées ou honteuses à l’idée de poser une question qui concerne pourtant leur bien-être – leur vie, et pas celle de leur praticien.ne ?

On a le seum contre les gynécologues qui refusent la stérilisation aux femmes qui ne veulent pas d’enfants, au prétexte qu’elles seraient encore trop jeunes, trop célibataires, trop capricieuses, trop immatures, pas assez réfléchies, pas assez « femmes ».
On a le seum contre les gynécologues qui font du temps d’une consultation un moment difficile et dérangeant avec des injonctions à « être » en fonction de notre âge, de notre poids, de notre avancée supposée dans la vie sexuelle, de nos aspirations, de nos désirs, qu’on se retrouve de toute façon obligé de mettre à nue.

On a le seum contre l’injonction à une vie sexuelle stable pour la pose d’un stérilet.
On a le seum contre les saloperies qu’on ingère avec cette foutue pilule.
On a le seum contre les souffrances par lesquelles on passe pour accéder à la contraception de notre choix.
On a le seum contre les praticien.ne.s qui ne respectent ni notre corps ni notre rapport à ce corps.
On a le seum contre la violence des échographies endovaginales.
On a le seum contre l’injonction écœurante à vivre une vie sexuelle de femme épanouie via la pénétration, et c’est tout.
On a le seum contre l’épisiotomie que des femmes nouvellement mères subissent encore dans l’impunité la plus ahurissante.

On a du mal à trouver des praticien.nne.s qui nous conviennent, mais on sait que c’est possible.

On aimerait payer nos frais de consultation sans passer de longues minutes ou de longues heures à se sentir mal.
On aimerait pouvoir faire confiance simplement à la personne qui nous soigne et nous accompagne tout au long de notre vie.
On aimerait pouvoir commencer ou changer de contraception, sans jugement, sans défiance, sans débourser des centaines d’euros.
On aimerait pouvoir faire le choix de ne pas avoir d’enfants sans avoir à faire le parcours du combattant.

On aimerait juste pouvoir choisir.

Le Seum des meufs

Le Seum est le venin qui s’infiltre dans notre quotidien.

Du caractère genré de nos jeux et de nos éducations, de notre obligation à nous cantonner à l’intérieur de nos foyers, à être douces et aimantes jusqu’à l’abnégation, nous sommes les femmes, opprimées, agressées, silenciées, essentialisées. Ce Seum nait à la première remarque sur nos comportements, aux premières insultes sexistes « pour rire », aux premières agressions et micro-agressions qui nous assignent à ce rôle genré et nous refusent ainsi l’accès à notre émancipation.

Nous sommes celles dont on critique la tenue, jamais assez couvrante ou trop provocante, celles dont on estime que le comportement mérite légitimement punition et violences, celles que l’on agresse dans la rue, à la fac ou à la machine à café, celle que l’on viole impunément et dont on refuse d’enregistrer la plainte, celles que l’on rabaisse constamment, celles que l’on harcèle, celles que l’on violente, celles dont on instrumentalise la domination à des fins racistes aussi, celles que l’on présente libérées dans une société auto-déclarée égalitaire et dont on moque les luttes féministes, dans la douce chaleur de l’entre-soi. Nous sommes trop noires, trop frisées, trop grosses, trop agressives, trop vulgaires, trop féministes en somme.
Nous sommes celles qui vous élevons, qui vous nourrissons, qui éduquons vos enfants ou plutôt celles qui les préparent à ce monde sans justice et sans paix.

Nous sommes le Seum des meufs, nous ne vous devons rien et vous ne parlerez plus à notre place.

Si tu veux t’asseoir sur le trône faudra t’asseoir sur nos genoux.