On a le seum contre la loi de 2004.

On a le Seum contre la loi de 2004. En tant que racisé.es, en tant que prof(s), en tant qu’étudiant.es, en tant que parents, en tant que féministes.

Dans un établissement professionnel de la banlieue parisienne, une jeune fille se fait rappeler à l’ordre par la CPE qui l’accuse de crier dans les couloirs. Sofia, 17 ans, rétorque qu’elle n’y est pour rien. La chargée de la vie scolaire l’accuse alors de lui mentir « alors qu’elle porte le voile ».

Le problème ici, c’est que Sofia respecte la loi. Comme des milliers de filles de son âge, elle enlève chaque matin, à l’entrée de l’établissement ce bout de tissu qui met en danger la République et assiste aux cours, respectant ainsi l’injonction contradictoire d’exprimer ses convictions religieuses dans le seul espace privé.

Le problème ici, c’est que nombreux sont les membres des équipes éducatives, soutenus par l’opinion publique, les grands médias, la parole politique et l’arsenal législatif islamophobe, qui expriment sereinement leur haine à l’égard d’une religion accusée de tous les maux et notamment d’avoir l’ambition de délaïciser l’école.

Le problème ici, c’est que c’est l’école qui ramène la religion en son sein. C’est l’école qui, après avoir stigmatisé, exclus et désigné à la vindicte populaire les jeunes filles pratiquantes, les accusent désormais de ne pas être suffisamment croyantes.

Les membre des équipes enseignantes sont-ils théologiens ? Sont-elles légitimes à exiger des comptes aux élèves sur leur pratique religieuse après avoir si vertement combattu les signes qui la manifestaient ? Comment accuser ces adolescentes d’exprimer leurs croyances et tout tenter pour les empêcher de le faire et dans le même mouvement se permettre de juger leur degré de pratique religieuse ? Comment avoir l’audace de sermonner une élève sur ce point en particulier et passer le reste de l’année à se plaindre de la soi-disant inquiétante religiosité des élèves ?

En vérité, Sofia et ses amies, qui se dévoilent pourtant chaque matin, seront toujours trop musulmanes pour l’institution scolaire. Qu’elles abandonnent – symboliquement mais pas seulement- leur liberté d’expression religieuse aux portes du lycée ne suffit pas. Les membres des équipes éducatives, conformément aux valeurs portées par l’institution à laquelle ils appartiennent, trouvent toujours un moyen de reprocher leur religiosité aux lycéennes musulmanes. Vous retirez votre voile ? La loi vous y oblige, c’est normal. Vous mentez ? Vous n’êtes pas une bonne musulmane. Dans tous les cas, on ne veut pas de vous, parce que musulmanes, réelles ou supposées. Vos efforts n’y pourront rien, vous serez toujours prises à parti, insultées, agressées, dévalorisées. Par les membres de cette même institution qui veut vous libérer de force.

Que ces jeunes filles acceptent – douloureusement – l’injustice qui leur est faite par la loi, n’est pas encore assez. Cette forme de privation de liberté d’expression n’est pas une punition assez sévère. A quand des cérémonies du dévoilement au lycée, comme en 58 à Alger ? A quand la création d’un statut d’élève musulman, sorte de sous-citoyen, dont l’on doit toujours se méfier ? A quand l’obligation pour les lycéennes de jurer, une main sur le cœur, l’autre sur un exemplaire de Charlie Hebdo ?

L’islamophobie est un racisme. Elle ne s’arrête pas à la porte des écoles. Elle est au contraire pleinement portée par l’école, qui la diffuse et la produit. L’école ne se bat contre l’islam, qui ne lui a d’ailleurs rien demandé. Elle fait la guerre, concrètement et avec violence, contre des jeunes filles, des ados. L’islam n’est pas qu’une idée, l’islam n’est pas dans les limbes : il est incarné chaque jour par ces jeunes dont c’est le système de valeurs.

On a le Seum contre la loi de 2004. Et depuis nos salles des profs, depuis nos classes, qu’on y soit étudiant ou enseignant, on se bat contre elle et on continuera à le faire.