SEUMaine du 8 mars : se défendre tout le temps

Quand on parle d’autodéfense, et de femmes qui auraient recours à la violence pour se préserver, l’imaginaire collectif et surtout masculin imagine des hordes de paires de nichons agressifs qui iraient frapper tuer ou mutiler les hommes, comme ça pour rien, juste par haine des hommes.
C’est déjà présomptueux de penser que si on n’avait pas à résister à l’envahissement de nos vies et de nos espaces par des hommes, on en aurait quelque chose à foutre des hommes, juste pour ce qu’ils sont.
Ce que vous êtes, ce que vous faites, on s’en branle. On n’en fait pas une passion.

 

Mais ce que vous faites pour nous nuire, nous humilier, nous effacer, oui, cela devient notre affaire. Cela devient une affaire de survie. Une affaire de conquête et de conservation de notre espace géographique, social, affectif, de liberté.
Je suis ce qu’on appelle, à mon tout petit niveau, une femme qui fait de la politique. J’ai un mandat avec une délégation que j’exerce, je suis donc souvent en réunion et dans des échanges avec des hommes, qu’il s’agisse d’homologues hiérarchiques (des élus), de subordonnés (des agents, encadrants ou non) ou d’habitants.

 

Je crois qu’en dehors du milieu militant politique (de gauche et oui, mais comme dit Brigitte Fontaine, quand il s’agit de femmes, il n’y a pas d’homme de gauche), je n’ai jamais autant passé mon temps à sauvegarder mon pré carré, mon droit à parler et à ce qu’on m’écoute. Je pense qu’en 5 ans d’activité dans la vie politique, avant ou après mon élection, j’ai dû prononcer un million de fois la phrase « je finis s’il vous plaît », développer des trésors d’ironie, de grosse voix et parfois d’humiliation (ce dont je ne suis pas fière) de mon interlocuteur juste pour qu’il ferme sa gueule et arrête soit de parler par-dessus ma voix soit de répéter ce que je venais de dire après m’avoir coupé la parole.
Et ce comportement, il est vécu comme agressif par mes interlocuteurs. Je devrais me laisser marcher dessus au nom de l’élégance et de la douceur, alors que je ne fais qu’affirmer mon droit à la parole. Parce que si je ne le fais pas, je ne peux pas exprimer mon point de vue et alors on dira que je ne sers à rien, parce que les femmes ne sont bonnes qu’à être des potiches sans opinion.
Dans les deux cas, mon comportement est jugé, que je l’ouvre ou pas, aussi autant prendre la posture qui me donne un avantage, et qui leur fait un peu peur, et qui les fait taire enfin.

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