Portraits de femmes noires résistantes oubliées, part.3 : Ndatte Yalla Mbodj (Sénégal) 1810-1860

Parce que la représentation est essentielle pour la construction identitaire et de l’estime de soi, il m’a semblé nécessaire de mettre en avant ces femmes qui ont joué un rôle historique dans les luttes contre les colonisations. Nous allons profiter de la SEUMAINE des droits des femmes pour parler de grandes femmes noires qui ont plus ou moins disparu de l’Histoire et leur rendre hommage : 

Ndatte Yalla Mbodj (Sénégal)

1810-1860

téléchargement (1)

Ndatte Yalla Mbodj fut la première figure de résistance rencontrée par les Français en 1855 lorsqu’ils sont arrivés au Sénégal pour le coloniser.  Elle fut la dernière grande Reine du Waalo, royaume situé dans le Nord-Ouest du Sénégal.

Comme la majorité du continent africain en ce temps, la société traditionnelle wolof était matriarcale (1) . C’est seulement lors de l’introduction de l’islam et la colonisation des chrétiens européens que l’idéologie patriarcale fut adoptée.

Au 19e siècle, les dirigeants du peuple Wolof étaient appelés BRACKS, les mères, sœurs et filles de ces dirigeants étaient nommées LINGUERES. Ces Linguères étaient politiquement et militairement préparées à diriger leur peuple grâce à l’armée et étaient en mesure de défendre le royaume.

En Mars 1820, les guerriers Maures voulurent profiter de l’absence des Bracks de la capitale pour envahir la capitale du Waalo. Ils furent très rapidement repoussés par un groupe de femmes armées dirigées par la Linguère Fatim Yamar. Honteux de leur défaite face à des femmes, les Maures revinrent sur leur pas et finalement arrivèrent à bout de ces guerrières. Cette fois, l’armée féminine est battue par les Maures, et les Linguères préfèrèrent se brûler vives plutôt que faire face au déshonneur. Fatim Yamar décide de faire échapper ses deux filles de 10 et 12 ans, Djeumbeut et Ndatté Yalla, afin de perpétuer sa lignée. Éduquées en guerrières, les deux filles dirigeront plus tard le royaume.

L’année de son accession au trône (après avoir succédé à sa sœur Djeumbeut) en 1946, Ndatté Yalla Mbodj est une adversaire féroce face aux colons Français : la souveraine les impressionne tellement qu’ils se contentent de ne passer que par elle, ne donnant plus d’importance aux autres Bracks des Royaumes Wolofs.

Ndatté Yalla Mbodj se considérait comme étant le seul souverain du Royaume du Waalo. Elle défiera les Français durant tout son règne et leur livrera une série de batailles acharnées.

(Pour aller plus loin : Ndatté Yalla MBodj : Reine du Waalo (1846-1855) – Volume 2 de Héroïnes du Sénégal racontées aux enfants, par la sociologue Fatou Sarr)

1. La gens de droit maternel ou la famille matricarcale par Ahmeth Diouf, Extrait de la préface de Abdoulaye Bara Diop, Professeur de Sociologie, Ancien Directeur de l’IFAN-Cheikh Anta Diop, Université Cheikh Anta Diop de Dakar : « Dans l’antiquité, c’est la structure matriarcale qui prévaut (…) Ici, c’est le droit de caractère matriarcal qui prévaut dans tous les domaines, comme la transmission du nom, l’hérédité des fonctions, la dévolution des biens. »

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