Appel à Manifester le 23 Juin 2016

Nous sommes le 22 juin 2016, et le préfet de police, après avoir tenté de l’interdire, a finalement autorisé la grande manifestation syndicale prévue à Paris le 23 juin.

Tout d’abord, nous tenons à rappeler que la dernière manifestation syndicale interdite date de 1962, lorsque le Préfet s’appelait Maurice Papon, et au cours de laquelle la répression policière causa neuf morts.

Dans les derniers mois, d’autres manifestations, non portées par les syndicats de travailleurs l’ont été également : nous nous souvenons entre autres de celle en soutien à Gaza en 2014, celle contre l’état d’urgence de novembre 2015, celle contre les violences policières en avril 2016.

Nous savons ce qu’une interdiction de manifester signifie. Elle donne carte blanche aux forces de l’ordre, pilotées par le Ministère de l’Intérieur et le Gouvernement, pour réprimer la mobilisation avec une férocité plus forte encore que celle que le mouvement contre la Loi Travail a eu à subir depuis le mois de mars.

Nous savons que le parcours finalement autorisé par le gouvernement et accepté par les organisations syndicales pour la manifestation du 23 juin est un piège. La longueur du “parcours” proposé ainsi que la localisation autour du bassin de l’Arsenal permet de donner l’illusion de dialogue social, tout en s’assurant que la manifestation dégénèrera. En effet, le nombre de manifestants attendu est largement trop élevé pour un parcours aussi ridiculement court.

Nous pouvons prédire que la manifestation de demain sera un rassemblement statique qui ne pourra être contenu dans la zone circonscrite, entraînant de fait un non-respect des conditions prévues dans l’autorisation de manifester, et par conséquent une intervention inévitable des forces de police.

Pour être clairs, nous savons que si nous venons manifester, nous serons physiquement punis. Punis. Oui.

Nous, le Seum, nous interrogeons sur l’acceptation de telles conditions par les organisations syndicales, sur leur acceptation implicite des agressions policières sur les manifestants qui en seront la conséquence inévitable et sur la conduite qui sera celle de leur Service d’Ordre demain, pour complaire aux directives dictées par le Gouvernement.

Nous savons que la tentative d’interdiction s’inscrit dans la continuité de cette  stratégie qui consiste à exposer les manifestants à une violence policière toujours plus grave au fil des rassemblements, tout en creusant une ligne de division parmi les opposants, entre les personnes qui choisiront de manifester dans ces conditions intenables et celles qui ne le feront pas, alors que les deux choix sont respectables.

Nous savons qu’ils méprisent les mobilisations massives de ces derniers mois et usent des moyens considérables dont ils disposent pour écraser la contestation populaire.

Nous savons que la manifestation du 23 juin sera dangereuse. Et c’est en toute conscience que nous appelons à manifester celles et ceux qui le peuvent et le souhaitent.

Nous savons que nos dirigeants font feu de tout bois pour imposer leurs agendas politiques et de classe, alors que nous nous battons pour simplement éviter autant que possible la poursuite de la précarisation massive des classes populaires et la restriction de nos libertés.

Nous nous battons pour des millions de personnes quand ils veulent préserver leurs petits privilèges mesquins, même si pour cela ils doivent condamner des individus à la répression immédiate, à la misère, à l’insécurité sociale, à la mort sociale qui accélère la mort tout court.

Nous, le SEUM, ne nous laisserons pas effrayer. Nous manifesterons. La menace de représailles physiques est la dernière arme d’un gouvernement, d’une classe politique qui perd du terrain et de la légitimité, et le sait.

Celles et ceux d’entre nous qui le pourrons seront dans la rue le 23 juin 2016, aussi pour celles et ceux qui ne le peuvent pas.

C’est nous contre eux.

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