On a le seum contre les injonctions que nous subissons (8 mars part. 4)

 

Plus de 2 000 participants et 200 intervenants et délégations internationales, sont attendus au Global Women’s Forum Dubai 2016,qui rassemblera des leaders du monde entier –femmes et hommes – issus du monde des affaires, du gouvernement, du monde académique ainsi que des milieux culturels et artistiques. L’ambition est de créer un réseau international puissant permettant de faire croître l’influence des femmes à travers le monde, à inventer de nouvelles façons de travailler et de promouvoir la diversité dans le monde économique.

Le forum mondial des femmes. Pas le sommet des femmes pétées de blé, pas le forum des femmes qui prennent des décisions, pas le forum des femmes qui ont un réseau, non : le forum mondial des femmes, qui réunit je cite «des leaders pour faire croitre l’influence des femmes pour promouvoir la diversité dans le monde économique ».

Parce que les femmes, ce sont les entrepreneuses, elles veulent du pouvoir et de l’argent, et elles veulent faire du réseau.

Elles ont plein de bras, avec un ordinateur dans une main, un smartphone dans une autre, un môme joufflu dans la troisième et un babycook dans la dernière, sauf que la femme de ménage est bizarrement restée hors champ alors qu’au moins deux de ces bras lui appartiennent.

Elles sont le modèle unique de LA FEMME. D’ailleurs, l’appellation erronée ‘Journée de la femme’ prend tout son sens quand on pense à ce que la société, les médias, les institutions veulent voir quand il s’agit de désigner une femme, LA femme, celle à qui on veut faire semblant de donner des droits.

La « femme de ménage » n’est pas LA femme, elle est « de ménage ». PAUVRE donc pas femme.

Car l’objectif que nous devrions avoir, c’est devenir ces femmes riches qui consomment. C’est d’avoir les moyens d’adhérer à l’idéologie libérale, mais attention, sans en bénéficier autant que celles et ceux qui nous l’imposent comme idéologie dominante.

C’est de gagner juste assez de sous pour engraisser un constructeur automobile, une entreprise de télécommunication, un chausseur de luxe, une chaîne de fitness, un voyagiste, et un couturier qui a bien voulu faire du prêt à porter, c’est contribuer à l’exploitation des classes inférieures pour favoriser, prouver et justifier notre ascension.   

Tu es une femme qui a réussi quand

  • tu as « concilié » tes obligations de femme – sans t’en émanciper – et ton taf (tu as délégué à une autre femme l’exploitation que tu subis chez toi pour pouvoir te faire exploiter par ton patron)
  • tu as un compte en banque qui te permet de consommer les produits et loisirs vantés par les marketeux, dont le kit « femme qui réussit » à savoir maquillage de marque, parfum de marque, épilation de marque, coupe de cheveux de marque, fringues de marque, enfants de marque, éducation de marque, vacances de marque.

Mais  attention, il ne faudrait pas qu’on arrive effectivement à accéder à la caste des héritières, qui est installée et qui ne veut pas de nous. Même en nous donnant à fond, nous ne fréquenterons pas le Siècle, ni ne nous ferons tailler des robes sur mesure chez un créateur dont on se refile le nom sous le manteau de fourrure, ni ne prendrons réellement les rênes du pouvoir, car ils sont réservés par un système de réseau et de cooptation. L’ascension telle qu’identifiée et célébrée suppose l’adhésion à un système de valeurs capitalistes et libérales.

Tu n’es pas une femme qui réussit si tu fais des crobars dans ton atelier, sauf si tu arrives à les vendre dans certains circuits et à faire marcher l’industrie de l’art.

Tu n’es pas une femme qui réussit si tu élèves tes mômes en disant merde au travail, ou en te débrouillant pour mener ta vie malgré les obstacles.

L’ascension sociale des femmes est une illusion, elle n’est identifiée comme telle que dans un cadre bien précis, pour des personnes bien choisies. On va même te dégoter quelques pauvres courageuses, qui se sont extraites de la fange, de la campagne, de la banlieue, et qui ont pu accéder au chausseur de luxe. Ces modèles triés sur le volet pour disqualifier toutes les autres, qui ne sont pas autant bougé le cul pour se mettre dans le moule, voire qui le refusent, quoi tu veux pas être une winneuse qui marche sur la tronche des gens toi aussi ?

Tu vois, on a une ministre qui était pauvre, maintenant elle est riche et bonne, et elle contribue à détruire l’éducation, tu vois on a une ancienne ministre de l’économie, patronne du FMI qui fait des cadeaux gros comme ça aux banques.

T’attends quoi pour t’y mettre ?

La lutte des classes ne s’arrête pas le 8 mars.

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