On a le seum contre ce que vivent nos enfants (8 mars – part. 3)

On a le Seum contre ce que vivent nos enfants, le Seum de nous battre contre tout ce qui les menace, les brutalise, les diminue, les humilie, les blesse.

La parentalité c’est la fonction d’être parent dans ses aspects juridiques, politiques, socio-économiques, culturels et institutionnels. Bien sur, c’est théorique, mais au quotidien, ça veut dire quoi ? Nous sommes des mères et en cela responsables et tenues responsables de la santé physique, psychologique de nos enfants, de leur survie, de leur bien-être, de leur avenir, d’eux et d’elles, avec nos petits bras.

Parce qu’en tant que parent d’un.e enfant racisé.e, on se retrouve confrontés à un questionnement majeur : Comment éviter qu’il ne souffre des discriminations dont nous-mêmes avons fait l’objet (et dont nos parents ont fait l’objet)?

La réponse, aussi fataliste qu’elle puisse paraître, se veut pourtant réaliste : on ne pourra pas. En tous cas pas sans lutter, pour nos mômes, pour ceux des autres, pour nous. Parce que la société française est – aujourd’hui comme hier – ce qu’elle est : raciste, sexiste, homophobe, salement universaliste (dans le sens où tout ce qui lui ressemble est bon contrairement à ce qui en diffère) et j’en passe. Et on ne peut pas dire que les structures qui sont censées lutter contre les différentes dominations que l’État opère nous soient d’une grande utilité, ce serait même l’inverse. On ne peut pas dire non plus que le racisme, le sexisme, l’homophobie ne soient uniquement produits par l’État, ce serait tout aussi incomplet.

Revenons à notre condition de mère racisée, dans un pays raciste.

Dès lors que l’on sait cela, on doit s’armer et trouver des stratégies. On doit endosser un de nos costumes de SUPER-MAMAN et ne rien laisser passer. Que ce soit à la maison, à l’école, au cinéma, au foot, au parc, à la piscine, au poney ou dans les livres d’histoire. Très tôt, nous avons la difficile tâche d’expliquer à nos enfants les notions « de rejet, d’injustice i » et de discrimination. Très rapidement, nous devons leur dire qu’ils devront faire plus d’efforts que d’autres pour arriver au même niveau, qu’ils ne pourront pas se contenter d’être moyens, que c’est injuste, mais c’est le monde dans lequel on vit, en gros leur expliquer qu’ils ne sont pas blancs. Un des privilèges des parents d’enfants non-racisés réside dans le fait qu’ils ont la chance, la liberté, la possibilité de ne pas faire ce travail. De ne pas devoir expliquer l’injustice, la cruauté, les rapports de domination, les oppressions et de leur nécessaire articulation. De ne pas avoir à mettre de mots sur le racisme que subit un enfant de 6 ans ; En revanche, pour nous, c’est une nécessité, pour l’équilibre, la bonne santé mentale et surtout l’avenir de nos enfants. Il est important de leur parler. Si nous ne le faisons pas, l’environnement sociétal dans lequel nous évoluons le fera pour nous. (Deux excellents livres peuvent vous aider à aborder le sujet avec les enfants : Maman noire et invisible de Diariatou Kebe et Comment parler du racisme aux enfants ? de Rokhaya Diallo)

Parmi les institutions et les structures sociales qui produisent ces effets sur nos enfants, l’école publique de la République, avec sur son fronton les mots « Liberté, Égalité, Fraternité » (lol), est une des premières qui doit requérir notre attention. C’est le « premier lieu d’interaction de racisme entre le personnel enseignant et les élèves »ii d’après Many Chroniques, professeure d’Histoire-Géographie en banlieue parisienneiii. Le système de notation, les orientations vers les filières professionnelles iv ainsi que l’absentéisme des professeurs (plus important dans certaines zones prioritaires v ) sont autant de problématiques que nos enfants doivent gérer.

L’école, de par ses enseignements universalistes, est également l’institution qui va enseigner la haine de soi à nos mômes :

L’école de la république est en théorie la même pour tou.t.es, elle est censée donner les mêmes chances de réussite à tous les élèves mais ne reçoivent malheureusement pas la même qualité d’enseignement en fonction de leurs lieux de vie. Les clichés racistes impactent les enfants dans leurs vie scolaire : on sera plus durs avec eux sur les questions disciplinaires, les comportements et préjugés racistes peuvent également se traduire par des attentes peu élevées pour certains élèves, on les accusera de ne pas avoir fait leurs devoirs seuls…

Il est à la fois crucial et injuste de travailler avec nos enfants, auprès d’eux, sur la question de la représentation positive, car le fait est que les enfants intègrent très tôt les stéréotypes. Quelles conséquences ont ces derniers sur nos enfants ? A minima, celles-ci les contraignent à se comporter comme attendu d’eux, à se dévaloriser, et à intégrer la haine d’eux-mêmes.

Par ailleurs, les programmes scolaires n’abordent que très succinctement l’esclavage et la colonisation (ou alors sous l’angle « positif », la construction de routes et d’écoles), ce qui contribue à effacer des mémoires qui sont pourtant primordiales pour la compréhension du monde tel qu’il est actuellement.

La représentation positive est absolument nécessaire, même si les non-blancs n’existent quasiment pas dans l’espace médiatique, culturel, ou politique, ils existent forcément dans votre entourage (proches, famille, amis). Nos enfants sont l’avenir, aidons-les à se construire, à croire en leurs potentiels et à devenir des adultes conscients et épanouis.

CS

iv CEREQ, Enquête génération : premiers pas dans la vie active de la génération 2010, 2013, en ligne, URL, http://www.cereq.fr/index.php/actualites/Quand-l-Ecole-est-finie.-Premiers-pas-dans-la-vie-active consulté le 10 mars 2016, pages 7 et 18

v Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, « les congés de maladie ordinaires des enseignants du secteur public », février 2015, en ligne, URL http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/20/6/DEPP-NI-2015-07-conges-maladie-ordinaire-enseignants-secteur-public_396206.pdf, consulté le 10 mars 2016

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