On a le seum contre les hommes qui portent du rouge à lèvres pour la journée de la femme (sic) : Part 2. La pauvreté

Parce que nous, on n’a pas de quoi en acheter.

Statistiquement, on est juste un peu plus pauvres (14% des femmes sont pauvres) que les hommes (13%) en métropole.

Outremer, c’est pire encore, puisque le taux de pauvreté s’établit à 33% de la population locale contre 14% dans l’hexagone. Finalement, 4,7 millions de femmes vivent sous le seuil de pauvreté et 3,9 millions d’hommes. Deux points d’écart, ça fait quand même 500 000 femmes de plus qui vivent avec moins de 964€, TTC, une fois les aides sociales perçues et les impôts éventuels réglés.

Est-ce que ça aurait un lien avec la précarité salariale des femmes ? Même si on exclut les allocations de survie dites universelles (lol) type RSA ou Allocation adulte Handicapé et qu’on regarde seulement les revenus d’activité (issus du travail ou des cotisations maladie/chômage), 2,2 millions de femmes vivaient sous le seuil de pauvreté. En fait, en 2010, 70% des travailleurs pauvres étaient des femmes. Ce qu’elles percevaient comme revenus du travail ou comme fruits de leurs cotisations, s’élevait à moins de 964€ par mois. Même quand on échappe à la tendance, parce qu’on est privilégiées sur d’autres axes (comme le fait d’être blanche, d’être issue d’une famille favorisée, d’être manifestement hétérosexuelle, valide et cisgenre), on doit de toute façon travailler 59 jours de plus que les hommes si on veut être payées autant qu’eux, toutes choses égales par ailleurs.

Tant qu’à faire, nos emplois, quand on en a, sont de faible qualité. Si l’on sélectionne trois métiers parmi les moins qualifiés et les plus pénibles – tant au niveau santé que conditions d’exercice -, à savoir agent d’entretien, aide à domicile et assistante maternelle, on compte alors 95% de femmes.

Et puis, de toute façon, même quand on ne bosse pas et qu’on est, par exemple, allocataire du RSA, on est encore défavorisées. Là aussi on est surreprésentées : 60% des allocataires du RSA sont des femmes. Quand on sait que le RSA de base c’est 470€ pour une femme célibataire, soit même pas 1/3 du SMIC (pour une aide qui est censée représenter la moitié du salaire minimum), le rouge à lèvres, même si on en veut, c’est impossible.

On est pauvres, notamment parce qu’on dispose d’emplois moins stables, plus fréquemment à temps partiel, moins souvent bien rémunérés. On subit aussi davantage le chômage (du moins jusqu’en 2012), on est trois fois plus nombreuses que les hommes à vouloir travailler plus sans y parvenir. On en crève et ça a des conséquences sur nos trajectoires, jusqu’au bout.

Parce que c’est vrai, on vit plus longtemps, mais dans quelles conditions ? Passés 75 ans, il y a deux fois plus de femmes pauvres que d’hommes. Et parmi les allocataires du minimum vieillesse, là encore on est majoritaires (57%). Nos faibles cotisations retraite (salaire et taux d’activité moins élevés obliges) et notre espérance de vie plus longue nous offrent donc l’opportunité de percevoir le minimum vieillesse (900€ par mois si l’on est seule) et de rester paisiblement pauvre jusqu’à notre mort.

Du coup, du rouge à lèvres, nous, même si on en voulait, on n’a pas de quoi en acheter. Et puis il n’y a pas qu’en France que les femmes sont plus pauvres, c’est un phénomène mondial. C’est à se demander s’il n’y aurait pas un système, appelons-le patriarcal, tiens, qui les maintiendrait dans la pauvreté.

Bibliographie :

INSEE, Taux de pauvreté par âge et par sexe, 2013, en ligne URL http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF04416

Centre d’observation de la société, « En matière de pauvreté, l’INSEE considère que les DOM ne font pas partie de la France », septembre 2015, en ligne, URL http://www.observationsociete.fr/en-mati%C3%A8re-de-pauvret%C3%A9-l%E2%80%99insee-consid%C3%A8re-que-les-dom-ne-font-pas-partie-de-la-france#footnote3_9bqeis5

CESE, Enquête « Femmes et précarité », 2013, en ligne, URL http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Etudes/2013/2013_09_femmes_precarite.pdf

INSEE, taux de chômage par sexe, 2016, en ligne, URL http://www.insee.fr/fr/themes/series-longues.asp?indicateur=taux-chomage-sexe

L’Express, « les femmes ne sont pas égales aux hommes, la preuve en dix chiffres », 2013, en ligne, URL http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-femmes-ne-sont-pas-egales-aux-hommes-la-preuve-en-10-chiffres_1447049.html

Publicités