On a le seum contre les mecs qui mettent du rouge à lèvres pour la journée de la femme (sic) : 1. Les temps sociaux.

 

Parce que nous, on n’a pas le temps d’en mettre.

Si la journée des femmes est composée de moins d’heures de travail salarié (merci le temps partiel, souvent contraint et le taux de chômage des femmes plus élevé) que celle des hommes, quand on parle temps sociaux en général, ça se corse. Les temps sociaux, ce sont les différentes périodes de temps dans une journée : travail salarié, travail domestique, temps de sociabilité, loisirs.

Le temps domestique est constitué des heures que nous passons à travailler gratuitement au domicile. Il s’agit donc des soins aux enfants, des courses, du ménage, du bricolage, de la cuisine, du linge, des soins aux animaux, du jardinage. Vient ensuite le temps de sociabilité hors repas, destiné à nos relations amicales, familiales, de voisinage. Il y a aussi le temps de trajet domicile-travail et enfin, le temps de loisirs (télé, internet, lecture, promenade, sport).

Quand on parle répartition des tâches ménagères, on passe pour des harpies qui n’ont pas de vrais problèmes, comme ces pauvres femmes afghanes, qui elles, ont besoin du féminisme, contrairement à nous. La plupart des hommes estiment ainsi que poser une étagère au mois d’août, planter les géraniums au printemps et laver la voiture le dimanche, est comparable au fait de cuisiner tous les jours, laver/sécher/ranger le linge du foyer, récurer les toilettes, passer l’aspirateur, changer les draps, nourrir les enfants, s’occuper des papiers, préparer les vacances et les activités extra-scolaires des petits, ouvrir le courrier, gérer les comptes, organiser la rentrée, repasser, emmener les petits chez le médecin, aller aux réunions d’école.

Le travail domestique (gratuit, donc) est principalement assuré par les femmes, qu’il y ait des enfants ou pas .En fait, le seul moment où les hommes s’occupent davantage des tâches ménagères c’est…pendant les onze jours du congé paternité, qu’ils sont seulement 10 % à prendre en intégralité. Difficile de croire que le seul fait d’être une meuf nous contraigne à devoir assurer près de 80% du travail domestique. Les hommes effectuent ainsi 2h de travail domestique par jour, contre 3h26 pour les femmes.

Que font-ils de ces deux petites heures de travail domestique par jour ? Des tâches plutôt ostentatoires, valorisantes car valorisées, et durables dans le temps. En effet, les hommes consacrent quatre minutes (!) de plus que les femmes, chaque jour, au jardinage et 15 minutes de plus au bricolage. Tout ça est bien joli, mais ça ne fait vivre personne, de monter des meubles et d’arroser les plantes.

Les femmes en revanche, consacrent deux fois plus de temps que les hommes aux soins aux enfants, qui, comme chacun le sait, ne sont pas assez autonomes pour survivre sans. Elles passent aussi plus de deux fois plus de temps que les hommes (2h35 contre 1h) à faire tourner la baraque : linge, ménage, courses, préparation des repas. Certaines tâches, allez savoir pourquoi, seraient même quasi exclusivement réservées aux femmes : c’est le cas du repassage, par exemple, presque intégralement assurée par la gent féminine. On peut pas pourtant dire qu’un fer à repasser soit plus compliqué à manier qu’un arrosoir.

Bon mais du coup, le féminisme, on y est, nous ! Il y a bien dû y avoir une évolution, non ? Ben non. En dix ans (1999-2010), les hommes consacrent… une minute de plus au travail domestique chaque jour. Certes, les nouvelles technologies ont permis aux femmes de gagner vingt-deux minutes par jour de temps libre. En dix ans. Soit deux minutes en moins par an. Ceci étant, les hommes disposent de 3h20 de temps libre par jour, alors que nous n’avons que 2h45.

Quand c’est la « journée de la femme », qui est en réalité la journée internationale des droits des femmes, appréciez la nuance, des hommes sortent du bois et se griment en femme, histoire de montrer à quel point ils sont favorables à nos droits. Puis rentrent tranquille se démaquiller et mettre les pieds sous une table propre, dans leurs vêtements lavés, avec leurs enfants en bonne santé, autour d’un dîner préparé. La vie.

De nombreuses femmes ont ainsi tendance, alors qu’elles se tapent tout le boulot sans raison valable, à se culpabiliser : pauvre homme, il ne sait pas faire. Comme si ils ne pouvaient pas regarder un tuto youtube pour apprendre à passer la serpillière. Ou alors il sait, mais il fait mal (comme si il fallait sortir de Saint Cyr pour savoir frotter une cuvette de WC) donc il faut repasser derrière lui, donc bon, autant le faire. On a aussi tendance à se dire qu’il vaut mieux faire tout nous-mêmes puisque l’homme n’effectuera aucune tache de son initiative et que donc on va devoir lui demander cent fois – ce qui nous fait sentir comme les dernières des mégères et nous fait perdre du temps et une énergie folle – avant qu’il ne passe à l’action. Ou encore, ils disent directement qu’on aime ça, ranger, nettoyer, prendre tout en charge, faire des doubles journées. Ben voyons. L’amour des tâches domestiques doit être livré à la naissance ?

Une rose à 2€ pour la « journée de la femme » ? Alors qu’on consacre, par an, 1 251 heures au travail domestique, soit 8 mois de travail aux 35h, soit 23 heures par semaine ? Si on était rémunérées au SMIC pour ce travail, on gagnerait environ 10 000€. Le respect est mort.

Rien ne nous condamne à devoir réaliser autant de travail gratuitement. On préférerait avoir du temps pour mettre du rouge, peut-être. Ou autre.


 

En exclu, des conseils du Seum des meufs pour un partage plus équitable en couple hétérosexuel. Il s’agit ici de choses que nous avons testées, selon les circonstances relationnelles, économiques, psychologiques etc. Bien sur, ces conseils n’ont pas vocation à vous faire sentir mal de ne pas vouloir/pouvoir les essayer. Il s’agit d’expériences du Seum des meufs et des résultats obtenus, rien de plus. Toutes vos idées sont attendues ! 

– Verbalisez. Posez clairement les bases de la discussion ; expliquez dans les détails tout ce que vous faites pour le foyer, combien d’heures cela vous mobilise, quelles sont les conséquences sur votre vie, vos projets, votre temps libre.

– Faites des propositions. Ayant réfléchi au préalable à la répartition des tâches dans votre couple, proposez un nouveau mode de fonctionnement « test ». Il peut être plus ou moins formalisé selon votre situation, vous pouvez proposer un planning (certaines tâches sont en individuel – pas besoin d’être deux pour nettoyer des chiottes- et d’autres, collectives (rangement hebdomadaire d’une pièce par exemple). Les tâches individuelles peuvent être réalisées à tour de rôle, Monsieur semaine A, Madame semaine B. Pour les tâches collectives, donnez-vous rendez-vous : le samedi à 13h, on fait la cuisine, à deux il y en a pour 15 minutes. L’idée est d’arriver avec une proposition clé en main, à négocier avec votre conjoint. S’il ne sait pas faire (LOL) et qu’il est incapable d’utiliser un moteur de recherche, le pauvre, envoyez lui des tutos Youtube. Proposez ce fonctionnement sur une durée assez courte dans un premier temps : on essaye un mois et on fait le point.

– S’il le faut (et si économiquement, vous pouvez vous le permettre), allez au clash. Les propos visant à vous attribuer « naturellement » une passion pour le ménage et les courses sont inacceptables. Idem pour l’instinct maternel, réputé vous donner l’amour de changer des culs, d’emmener les mômes se faire vacciner ou de préparer le déguisement d’Halloween. Ces enfants ne sont pas sortis du cul d’une vache : vous les avez faits ensemble et par conséquent, vous devez vous en occuper ensemble. Rien d’hormonal ne vous destine à en être les uniques responsables.

– Éventuellement, amusez-le. Proposez un outil ludique type chorewars, une appli où chacun gagne de l’expérience en fonction des tâches domestiques réalisées. Un peu ridicule de devoir en arriver là, d’être obligées de mettre une carotte, un jeu, pour que monsieur le jeune chien fou consente à laver ses chaussettes seul, mais bon.

– Enfin, faites la grève. Si ce dernier conseil est impossible à appliquer concernant les soins aux enfants, il est valable pour les couples hétéros sans mômes. Cessez toutes les activités ménagères que votre conjoint estime trop dégradantes pour les faire lui-même. Ne cuisinez plus (ou genre des œufs sur le plat), oubliez de faire les courses, ne lavez plus que vos propres vêtements (oups, pardon, j’ai pas fait gaffe, didon), ne jetez plus les poubelles, ne préparez pas les vacances d’amoureux, transformez les toilettes en sanisette façon Gare du Nord, n’ouvrez plus le courrier, nada. Quand votre conjoint vous reprochera (attention, ça vient vite) de ne plus trouver deux chaussettes propres identiques, dites-lui que vous n’aimez pas trop faire la lessive non plus. Ou que vous n’avez pas eu le temps car vous êtes fatiguée par le travail ou la vie. Que, désolée, c’était le soir de la Ligue des Champions, vous le ferez la semaine prochaine. Ou pas. Si cette dernière méthode ne marche pas à tous les coups – c’est souvent là que les gros machos sortent du bois, avec des arguments du cru, genre « mais c’est ton rôle, c’est pas à moi de faire ça » – elle peut tout de même être utile. Soit pour réaliser à quel point votre conjoint vous traite comme une bonniche, soit parce que ça va vous donner plein de temps libre, pour aller à la piscine, voir vos copines, lire dans un parc etc. La situation où ce conseil devient le plus difficile à suivre, c’est quand votre conjoint est dégueulasse et préfère vivre au milieu des détritus et des moucherons, plutôt que de se mettre enfin au boulot. La grève domestique, ça demande pas mal d’énergie.

– Si rien ne marche et que vous n’êtes pas liée à lui pour des raisons de survie économique, posez-vous sincèrement la question : voulez-vous vraiment rester avec un type qui vous fait travailler gratuitement et « naturellement » pour son bien-être à lui ? Avec quelqu’un qui pense que les Femmes sont comme ça ? Que c’est leur travail ? Pendant combien d’années êtes-vous prêtes à laver ses chaussettes silencieusement et dans l’abnégation ? Finalement, vous êtes indépendantes. Vous êtes même mieux que ça : vous êtes autonomes ET avez la ressource pour faire tourner un foyer entier. Qu’est-ce qui vous retient ?

– Enfin et dans tous les cas, opposez-vous au recours à une femme de ménage. Dans femme de ménage, il y a femme. Or il est peu probable que vous souhaitiez exploiter une autre femme pour réaliser ces tâches salissantes et dégradantes, alors que votre mec peut parfaitement le faire : rien dans sa constitution physique ou psychologique ne l’empêche de tenir un balai, faites le test. Le travail domestique est du travail, la preuve, il peut être rémunéré. Proposez, si vous le souhaitez, à votre conjoint de vous rémunérer directement ces heures, si vous êtes volontaire. Ça devrait le calmer.

 

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4 réflexions sur “On a le seum contre les mecs qui mettent du rouge à lèvres pour la journée de la femme (sic) : 1. Les temps sociaux.

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